Du pouvoir d’évocation des photographies anciennes

RansomRiggsPeregrine13Certains collectionneurs peuvent passer des heures à trier et à organiser des photographies anciennes trouvées dans un grenier poussiéreux ou achetées par centaines au marché aux puces. Certaines de ces photographies sont pour le moins étranges, aussi peut-on se demander pourquoi, à une époque où les photographies étaient assez coûteuses, elles ont été prises et conservées. D’autres photographies séduisent les collectionneurs grâce aux illusions d’optique qu’elles produisent ou par la beauté de leur flou.

RansomRiggsPeregrine1Pour écrire son roman Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children (Riggs, Ransom. Miss Peregrine et les enfants particuliers. 2012. Traduction française de Sidonie Van den Dries. Paris : Bayard, 438 pages. Pour la suite de cet article, les lettres MP feront référence à cet ouvrage.), Ransom Riggs s’est donc inspiré de plusieurs photographies anciennes. Ces images font d’ailleurs partie intégrante du livre : elles sont directement mentionnées dans le texte comme ayant été trouvées ou conservées par les personnages de l’histoire, et elle font office d’illustrations tout au long du roman. La présentation physique du livre, soignée tant au niveau des couleurs que de la typographie et de la mise en page, les intègre parfaitement. Le style vieillot de la présentation ainsi que les photographies anciennes sont un rappel constant des thèmes centraux du roman : l’héritage familial et la définition de son identité à travers cet héritage.

RansomRiggsPeregrine8Le personnage central et narrateur du roman, Jacob Portman, est un adolescent américain très proche de son grand-père paternel. Il commence son récit en expliquant comment, dans son enfance, il s’abreuvait des paroles de son grand-père, qui aimait tout particulièrement lui raconter ses aventures à l’orphelinat qui l’avait recueilli pendant la Seconde Guerre mondiale, un orphelinat destiné aux enfants… particuliers.

« – Particuliers comment ?
« – Oh, chacun à sa manière… Il y avait une fillette capable de voler, un garçon qui abritait des abeilles vivantes dans son ventre, des frère et sœur si fort qu’ils pouvaient soulever d’énormes rochers au-dessus de leur tête. »

MP, page 10

Enfant, Jacob ne se lassait jamais des histoires de son grand-père et regardait avec admiration les photographies de ses amis les orphelins particuliers. Il rêvait de découvrir un jour cette fabuleuse maison où ils vivaient, ce faucon fumant la pipe qui veillait sur eux…

En grandissant, Jacob a cessé de croire aux récits de son grand-père, mais a toujours conservé une grande tendresse pour ce juif polonais survivant de la Seconde Guerre mondiale. RansomRiggsPeregrine11Quant au vieillard, il est devenu de plus en plus paranoïaque, croyant lui-même à l’existence des monstres de ses histoires et téléphonant aux membres de sa famille pour qu’ils lui rendent la clé de son cabinet d’armes à feu. Un jour, son fils, inquiet, demande à Jacob, qui a alors près de 16 ans, de se rendre à la résidence du vieil homme pour s’assurer de son bien-être.

S’étant rendu chez son grand-père accompagné d’un ami, Jacob pousse la porte pour découvrir que son grand-père a tout retourné avant de sortir par la porte arrière. Suivi de son ami, Jacob entre dans le bois situé derrière la maison, retrouvant rapidement son grand-père, armé d’un coupe-papier et couvert de sang. Mourant, le Polonais adresse à son petit-fils ces énigmatiques mots avant de s’éteindre :

« – Va sur l’île [de l’orphelinat], Yakob [prononciation polonaise de « Jacob »]. Tu n’es pas en sécurité. […]
« – Trouve l’oiseau. Dans la boucle. De l’autre côté de la tombe du vieux. Le 3 septembre 1940. […]
« – Emerson. La lettre. Raconte-leur ce qui est arrivé, Yakob. »

MP, pages 38 et 39

Jacob pourrait croire qu’il ne s’agit là que de paroles délirantes, mais la suite des événements lui fait remettre en question ce qu’il croit savoir de la réalité :

« Il n’y avait pas de lune et rien ne bougeait dans le sous-bois. Pourtant, de façon inexplicable, j’ai su exactement à quel moment lever ma lampe torche et où la braquer. Et là, dans ce mince rayon de lumière, j’ai aperçu un visage tout droit sorti des cauchemars de mon enfance. Le monstre m’a rendu mon regard; ses yeux nageaient dans des fossés pleins d’un liquide sombre, des lambeaux de chair noire pendaient sur la carcasse voûtée. Sa bouche ouverte, grotesque, laissait échapper un faisceau de langues interminables, qui se tortillaient comme des anguilles. J’ai hurlé. La créature a fait volte-face et disparu dans les fourrés. Le bruit a alerté Ricky, qui a levé le canon de sa 22 et tiré : pap! pap! pap! pap!

MP, page 40

Vision réelle ou hallucination due au traumatisme de voir son grand-père mourir? Jacob ignore quoi penser de ce qu’il a vu, et une lettre trouvée dans un livre appartenant à son grand-père le décide de se rendre lui-même sur l’île de l’orphelinat pour en apprendre plus sur le passé du vieil homme.

Je n’ai pas eu accès à la version originale du roman, ce que je regrette. Certains passages du roman, dont un où le personnage central s’étonne de l’usage d’un certain pronom, font ressentir RansomRiggsPeregrine14la trahison que représente la traduction, mais Miss Peregrine et les enfants particuliers demeure une lecture facile et agréable à laquelle les photographies ajoutent une dimension mystique.

À propos de emerancega

J'ai 23 ans, une collection de cubes Rubik et un amour inconditionnel pour la littérature.
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