Transitions, partie 3 : Citations assorties

glasses-272399Comme je l’expliquais dans mon précédent article, Transitions, partie 1 : Le fils du Singe, j’ai décidé de lire dix longs récits appartenant à différents genres littéraires pour observer comment, dans chacun, sont traîtés les changements de personnage, de temps et de lieu. Malheureusement, je suis trop occupée ces jours-ci pour analyser un roman du début à la fin, alors j’ai décidé de vous présenter des citations tirées de différentes œuvres littéraires.

Dans Prise directe d’Eoin Colfer (version française de Plugged, quoique je vous déconseille de lire cette traduction), le personnage principal, Daniel McEvoy, est également le narrateur. Il semble conscient de son statut de narrateur de roman. Voyons comment il présente au lecteur ou à la lectrice ou retour dans le passé :

Qui est donc ce type, Zébulon Kronski? Et comment suis-je arrivé à le rencontrer? Cette histoire est peut-être encore meilleure que celle des tirs aériens. La réponse remonte à l’époque [de la guerre au] Liban – quelle surprise ! – alors je vais faire court parce qu’on est plutôt dans le présent que dans le passé, même si le passé a l’air d’appartenir au présent la plupart du temps. Un jour, je vous raconterai en détail le passé, lorsque je serai capable de songer à l’Ours russe sans vomir.

Bref, […]Vieillehorloge

Prise directe, Eoin Colfer, page 39. (COLFER, Eoin. Prise directe. Traduit de l’anglais par Antoine Chainas. Titre original : Plugged. 2012. Paris : Gallimard, collection « Série noire », 308 pages. [Fichier ePub].)

S’ensuit un récit des événements ayant mené à la rencontre de Daniel McEvoy et de Zébulon Kronski, ainsi que de la rencontre elle-même. McEvoy met fin à ce retour dans le passé en ces termes :

Voilà comment j’ai fait la connaissance de Zébulon Kronski.

La suite plus tard.

Prise directe, Eoin Colfer, page 43.

Un peu plus tard, McEvoy utilise une ellipse temporelle, puis revient sur sa décision :

Très tôt le lendemain, nous sommes enlacés contre le mur, à moitié couverts par quelques coussins du divan.

Le lendemain?

Je sais. J’ai toujours détesté ce genre d’artifice : vous êtes devant un film ou vous bouquinez. Enfin, la scène chaude arrive et tout à coup, on passe au lendemain. Comment vous vous sentez?

Floué, voilà comment.Horloges

Donc…

Prise directe, Eoin Colfer, pages 108 et 109.

Plus loin, il annonce directement un retour dans le passé en employant l’expression anglophone flash-back :

Comme je l’ai déjà précisé, je n’aime pas trop les flash-back, mais l’espace d’un instant, le bruit de l’emballage froissé me ramène sous une tente de camouflage au Sud-Liban, le long de la frontière avec Israël. […]

Prise directe, Eoin Colfer, page 221.

On remarquera que le retour dans le passé se fait ici au moyen d’un souvenir provoqué par un stimulus sensoriel bien déterminé : un son qui en rappelle un autre, fort semblable, fait surgir le souvenir. Il s’agit là d’une réaction bien naturelle, que vous avez probablement déjà expérimentée vous-même.  Cela permet au narrateur de créer facilement un lien entre deux scènes, facilitant le passage de l’une à l’autre.

Il perçut une sorte de déclic mécanique et se retrouva neuf mois plus tôt dans la propriété, après leur retour de l’île, quand il avait tâté Ryan, au sujet du coup fourré.

Comme une fleur, Richard Stark, page 72. (STARK, Richard. Comme une fleur. Traduit de l’anglais par Philippe Marnhac. Titre original : The Hunter. 1963. Paris : Gallimard, collection « Série noire », 141 pages. [Fichier ePub].)

Cette technique ne s’emploie pas seulement à l’écrit : elle a souvent encore plus d’impact au théâtre ou au cinéma. Par exemple, dans la pièce Incendies, de Wajdi Mouawad, le bruit d’un marteau-piqueur évoque celui d’une mitraillette dans un pays en guerre.

Enfin! je donne plusieurs exemples de comment différents auteurs créent des liens entre leurs scènes, mais il arrive aussi que l’auteur(e) d’un récit présente une série de scènes isolée pour ne faire tisser des liens entre elles qu’ensuite. Par exemple, le roman policier Promesses d’éternité, de Christine Brouillet, suit d’abord le personnage de Carol Blondin-Warren, puis, 22 ans plus tard, Teri Jessop, avant de revenir à Carol Blondin-Warren puis desk-1148994de passer à Alicia Amiot. Alicia découvre le corps de Diane Comeau, de laquelle on devine, sans pour autant que ce soit dit, que le groupe religieux était lié à Carol Blondin-Warren. On suivra ainsi différents personnages ayant croisé le parcours de Carol Blondin-Warren ou de sa secte, puis, sans introduction, on rencontre François Guèvremont et la famille, sans indication, quelle qu’elle soit, d’un lien entre Carol Blondin-Warren et eux.

L’auteure met en place différents éléments sans révéler immédiatement les liens qui les unissent, poussant le lecteur ou la lectrice à les deviner avant qu’ils soient explicitement décris. Ainsi, lorsqu’il ou elle rencontre l’enquêtrice Maud Graham, à la soixantième page du roman, le lecteur ou la lectrice est déjà dans un état d’esprit favorisant l’assemblage d’indices et d’intuitions. Recevant les informations avant l’enquêtrice, le lecteur ou la lectrice comprendra petit à petit qui fait quoi, ce qui se trame. Quand à Maud Graham, comprendra-t-elle à temps?

Je vais découvrir ça; il me reste trente pages à lire. Au revoir et à bientôt!

À propos de emerancega

J'ai 23 ans, une collection de cubes Rubik et un amour inconditionnel pour la littérature.
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