Calendrier littéraire montréalais : mars et avril 2015

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Normand Blouin et Sophie Langlois présentant un diaporama lors d’une causerie en février

Je suis enfin de retour! Voici donc un petit calendrier des événements littéraires pour adultes gratuits ou à contribution volontaire qui auront lieu à Montréal dans les prochains jours ainsi qu’au mois d’avril. N’oubliez pas de visiter cette page souvent pour vous tenir au courant des événements au fur et à mesure qu’ils sont annoncés.

Lundi 23 mars : Lancement : Royaume Scotch Tape

Mercredi 25 mars : Lancement : Revue Le Pigeon ; Club de lecture de la Bibliothèque du Boisé ; Violaine Forest et complice ; Au seuil d’une porte

Jeudi 26 mars : Une enfance mal fermée. Soirée littéraire avec Jean-François Beauchemin ; Lancement collectif : Les Herbes Rouges

Vendredi 27 mars : Soirée littéraire «Six degrés de liberté» avec Nicolas Dickner

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Guillaume Corbeil, Stéphane Dompierre, Mélissa Verreault et Caroline Allard lors d’une table ronde en novembre 2014

Dimanche 29 mars : Tout Ferron en quelques contes avec Christian Vézina

Lundi 30 mars : Alain Vadeboncoeur : Un urgentologue face à la mort ; Causerie avec William S. Messier ; Slam Session Mtl

Mardi 31 mars : Club de lecture ; Dévoilement de programmation du 14e Festival du Jamais Lu

Mercredi 1er avril : Cercle de lecture : L’Orangeraie

Jeudi 2 avril : Une girafe et un pont avec Jean-François Casabonne

Vendredi 3 avril : Chemin de mort, chemin de vie

Mardi 7 avril : Rencontre littéraire avec Suzie Pelletier

Performance de I Pereira I

Performance de I Pereira I lors d’un lancement de magazine en janvier

Mercredi 8 avril : Tout pour être heureuse : Rencontre avec Priscille Deborah ; Lancement : Cinéma de poésie

Jeudi 9 avril : Club de lecture

Dimanche 12 avril : Cousin cousine avec Christian Vézina et Lorraine Pintal ; La Cour des poètes et l’Éveil des sens ; Bistro Ouvert – Dix-huitième édition ; Lancement collectif : Mansfield Press ; Rencontre avec Emmanuel Lepage ; Cabaret des auteurs du dimanche

Mardi 14 avril : Soirée littéraire avec Lise Gauvin ; Conférence : La traduction littéraire ; Lecture-rencontre avec Michaël Glück et Paul de Brancion ; Marie-Claire Blais

Mercredi 15 avril : L’Univers de Michel Tremblay : Visite commentée de l’exposition ; Vendencres EXTRAORDINAIRE – poésie dissidente avec le collectif la Filée ; Le Roi Arthur a-t-il existé?

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Le lancement collectif des éditions Les Herbes Rouges à la librairie le Port de Tête, le 26 mars 2015

Jeudi 16 avril : Le Moyen Âge au Québec : entre héritage direct et imaginaire collectif ; Lancement : Derniers tabous ; Alexandre Postel

Samedi 18 avril : Atelier : Écrire pour guérir

Dimanche 19 avril : Livre comme l’oiseau ; Table ronde : Pourquoi cours-tu comme ça?

Lundi 20 avril : Lancement collectif CRILCQ 2015

Mardi 21 avril : Atelier : Écrire ses mémoires ; La bibliothérapie créative : lire aux éclats ; Rencontre avec Michel Langlois ; La grande finale des Voix de la poésie ; Une voix singulière: Catherine Cusset

Mercredi 22 avril : Lancement : Le temps des bâtisseurs ; Poème de détention et
quelques «contres» ; L’empreinte à Crusoé par Patrick Chamoiseau

L'écrivain Simon Boulerice et moi

L’écrivain Simon Boulerice et moi après une table ronde littéraire en août dernier

Jeudi 23 avril : Trucs pour un conte réussi ; L’univers romanesque d’Anne-Marie Sicotte ; Coups de cœur littéraires des bibliothècaires de la Bibliothèque du Vieux Saint-LaurentCoups de cœur littéraires des bibliothècaires de la Bibliothèque du Boisé ; Panorama sur la littérature de la GGI ; Lancement : Sexe, amour et pouvoir ; Louise Tremblay-D’Essiambre ; Cabaret littéraire Catalan: De la rose au livre ; Traduire Mordecai / Translating Mordecai

Vendredi 24 avril : Lancement du roman M9A ; Blue Met Talks sur la générosité ; Les enfants généreux

Samedi 25 avril : Club de lecture : Yoko Ogawa ; Rencontre avec Simon Boulerice ; Série «À portes closes»: Les écrivains et la haine ; Lecture-Espresso: Adrien Bosc ; Lecture-Espresso: Nancy Huston ; Lecture-Espresso: Yasmina Kahdra ; Lecture-Espresso Break: Russell Banks ; Lecture-Espresso : André Aciman ; Lewis et Lucie ; Lecture-Espresso: Perrine Leblanc ; Lecture-Espresso: Catherine Mavrikakis ; Lecture-Espresso: Sarah Rocheville ; Avant-goût de L’arbre des mots

Mardi 28 avril : Rencontre avec Sylvie Brien ; Club de lecture

Mercredi 29 avril : Club de lecture

Jeudi 30 avril : Profession: dramaturge ; Lancement : La bête à sa mère

Vous voulez me faire part d’un événement littéraire gratuit se déroulant à Montréal mais ne figurant pas sur cette liste? N’hésitez pas à le mentionner dans les commentaires ou à m’écrire à l’adresse suivante : emerance.gascon-afriat@laposte.net

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La Troisième guerre mondiale a déjà eu lieu

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Lucie Gravel, de la librairie Paulines, présentant M. Blouin et Mme Langlois

Jeudi le 22 janvier dernier, la journaliste Sophie Langlois et le photographe Normand Blouin étaient à la librairie Paulines Montréal pour discuter de leur livre Lumières d’Afrique et de ce qu’ils ont vécu sur le continent africain.

En 2007, le couple s’est établi à Dakar, au Sénégal. Ce que Sophie Langlois a remarqué en premier, ce sont les odeurs. Elle explique qu’« il y a toujours des ordures en train de brûler quelque part », mais que l’on peut également sentir l’air de l’océan ainsi que les bougainvilliers.

Quant à Normand Blouin, il a été marqué par leur première visite à la plage. « La première chose que j’ai vue, c’étaient des milliers de jeunes hommes […] qui faisaient de l’exercice, » dit-il, expliquant que l’entraînement physique est très à la mode à Dakar. Tous les jours, les jeunes hommes de la ville se rejoignent sur la plage pour s’entraîner. Le sport le plus populaire est la lutte. Le photographe compare l’intérêt des Sénégalais pour la lutte à celui des Québécois pour le hockey, expliquant que les lutteurs connus sont des vedettes et que beaucoup de jeunes hommes rêvent de rejoindre un jour le circuit professionnel.LumieresdAfriqueLivre

Il explique qu’il a dû se lier d’amitié avec les sportifs pour obtenir des photographies. En effet, très fiers, les Sénégalais « détestent se faire photographier lorsqu’ils ne portent pas leurs plus beaux habits », raconte-t-il.

En deux ans de vie à Dakar, le photographe et la journaliste ont eu le temps d’observer plus en détails la vie de tous les jours des Dakarois, mais aussi des habitants des villes et villages (au Sénégal, mais aussi au Niger, au Congo, etc.) où ils se rendaient dans le cadre de leurs travails respectifs. Aux nouvelles, lorsqu’on parle de l’Afrique, le sujet mit de l’avant est souvent la pauvreté ou un conflit armé. « C’est important de se rappeler que la plupart des Africains vivent en paix, sans souffrir du matin au soir. Il faut briser les mentalités voulant que l’Afrique soit un trou noir où on investit sans fond, » a déclaré Sophie Langlois dans une entrevue accordée à Samuel Larochelle du Huffington Post. Avec Lumières d’Afrique, son conjoint et elle ont voulu apporter une vision plus complète de l’Afrique. Les tragédies que l’on voit aux nouvelles y sont présentes, mais les beautés de l’Afrique aussi.

Selon Sophie Langlois, nous aurions beaucoup à apprendre des habitants de Dakar concernant, entre autres, les relations entre communautés religieuses. « Je trouvais SLangloisAfriqueça remarquable comment les catholiques et les musulmans vivaient bien ensemble, » dit-elle. La population, pourtant musulmane à 90 %, célèbre aussi bien Noël que les fêtes de l’Islam.

M. Blouin est fasciné par à l’importance de la religion dans la société africaine. « Ils sont un peu comme nous on était il y a cinquante ans, quand tout le monde allait à la messe, » dit-il. « C’est écrit « à la gloire de Dieu » sur tous les autobus. » Il raconte même qu’à force d’entendre «Inch Allah», il a fini par adopter l’expression. Il montre à la salle des photos d’une mosquée à ciel ouvert où l’on voit des milliers de priants.

La piété et l’ouverture aux autres religions dont témoignent les Sénégalais ne sont pas les seules choset à avoir impressionné Sophie Langlois et Normand Blouin : ils ont été éblouis par la fierté, la dignité et la joie de vivre de la population. Au sujet d’un village pourtant AssistancePaulinesparticulièrement pauvre, Sophie Langlois affirme : « On ne voit que des gens qui sont heureux d’y vivre. »

Cette fierté, cette dignité et cette joie de vivre étaient présentes chez la majorité des Africains que la journaliste et le photographe ont eu la chance de rencontrer dans les différents pays où ils ont été appelés à faire des reportages, et ce même dans les villes-dépotoirs. Mme Langlois explique que de nombreuses familles vivent des dépotoirs, passant leurs journées à recueillir des objets encore utilisables ou à assembler des pièces détachées trouvées à même les montagnes d’ordures. Elle raconte comment elle s’est d’abord étonnée de rencontrer des gens si fiers et si heureux de faire de l’argent grâce aux décharges. « J’ai toujours essayé d’avoir du respect, de les montrer beaux, » ajoute Normand Blouin, montrant des images d’une famille ramassant des morceaux de poupées.

SophieLanglois

Sophie Langlois

Même dans les situations les plus difficiles, il y a toujours quelqu’un pour garder espoir et pour se battre pour faire avancer la société. Ce sont ces personnes qui ont laissé la plus forte impression à la journaliste Sophie Langlois. On sent, quand elle en parle, son admiration pour ces modèles de résilience et de persévérence qu’elle a rencontrés.

En République du Congo, les conditions de vie sont très dures et le viol très fréquent. « C’est presque devenu pour les jeunes hommes une façon de se glorifier, de se valoriser, de parler des femmes qu’ils ont violées, » dit Mme Langlois. « « Une vache vaut plus cher qu’une femme, au Congo », me disait [mon guide]. » Les femmes victimes de viol sont rares à porter plainte : c’est une démarche longue et difficile, et c’est souvent perçu négativement par leur famille. Autant de raisons, pour Mme Langlois, d’admirer encore plus les rares femmes qui décident malgré tout d’aller devant les tribunaux.

Au Niger, il est difficile d’obtenir des subventions et du soutien pour réaliser des films documentaires. Pourtant, Moussa, le guide de Sophie Langlois lors de ses séjours au Niger, persévère. Il réalise des films LumieresdAfriqueportant sur des sujets difficiles afin de faire changer les mentalités. Exemple : la fistule (lésion entre le vagin et la vessie, ou, plus rarement, entre le vagin et le rectum). En effet, au Niger, les femmes souffrant de fistule obstétricale sont nombreuses. Malheureusement, puisqu’elles ne peuvent contrôler l’écoulement de leur urine, elles sentent mauvais et sont souvent rejetées, ostracisées par leurs proches et par la société.

Malheureusement, on entend rarement parler de ces problématiques au Canada. Correspondante de Radio-Canada en Afrique basée au Sénégal entre 2007 et 2009, Sophie Langlois a ensuite vu son poste rapatrié à Montréal, pour finalement être aboli. Alors que son poste existait encore, il était déjà difficile pour elle de faire diffuser ses reportages. « Sophie se battait constamment au téléphone avec ses collègues pour faire passer […] ses topos, » se souvient Normand Blouin. Aujourd’hui, un seul média canadien a encore un correspondant en Afrique (The Globe and Mail). « Le lendemain de l’attaque de Charlie Hebdo, il y a eu 2000 morts au Nigéria, ça a pris deux semaines avant qu’on en parle, »PhotosBlouin dit Sophie Langlois, se désolant du manque d’intérêt des médias canadiens pour les nouvelles africaines. « La Troisième guerre mondiale, pour les Africains, elle a déjà eu lieu, au Congo. […] 5 millions de morts, sept pays impliqués [et] c’est à peine si on en a entendu parler. » Pendant de la période de questions, un homme originaire du Congo s’interroge sur ce que l’on peut faire pour changer cette situation. « Moi non plus, je ne sais pas ce qu’on peut faire, » lui répond Sophie Langlois. « Il y a eu une époque où la couverture internationale était importante pour les médias, pour les grands journaux, » se souvient Normand Blouin, qui souligne que l’Afrique demeure présente dans les médias européens, surtout de la part des pays ayant d’anciennes colonies en Afrique (ex. : les médias belges couvrent souvent le Congo).

NormandBlouin

Normand Blouin

À quand, donc, une meilleure couverture de l’Afrique par les médias canadiens? Ce n’est plus du côté des médias traditionnels que Sophie Langlois place ses espoirs, mais bien du côté des jeunes. Elle entend régulièrement parler d’adolescents et de jeunes adultes qui vont passer quelques jours ou quelques semaines en Afrique. Inévitablement, ils en reviennent changés. Un séjour en Afrique, si court soit-il, permet de rencontrer des gens inspirants, de s’ouvrir à de nouvelles cultures et de réaliser non seulement quelles situations difficiles vivent les Africains, mais également de quelles choses extraordinaires ils sont capables.

De retour d’Afrique, on apprend à mettre les choses en perspective. Comme le dit Sophie Langlois, nous avons beaucoup de problèmes dans la vie, mais on peut toujours se dire : « Oui, mais nous, on n’a pas à s’inquiéter qu’une fillette de douze ans se fasse exploser dans la cour d’école de notre fils demain matin. » Elle songe à Moussa, son EtalageLumieresdAfriqueguide au Niger, qui continue à faire ses films. Elle songe aux Congolaises qui portent plaintes pour viol. Elle se remémore l’histoire d’un enseignant qui fait le tour de son village, chaque matin, pour s’assurer que les enfants soient bien envoyés à l’école par leurs parents. Quant elle pense à ces Africains, elle ne se sent pas le droit de perdre espoir. Si eux, qui vivent dans des conditions si difficiles, continuent à croire en l’avenir, comment pourrait-elle ne pas à croire?

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Emerancega.com a six mois!

BouquetballonsAujourd’hui, Emerancega.com a six mois! Je tenais à vous remercier, chers internautes, pour le temps que vous accordez à la lecture de mes articles. Jusqu’à maintenant, mon article le plus lu est La fierté au féminin et mon texte de fiction le plus téléchargé est Chercher Sophie.

Dans les prochains mois, j’ai l’intention de continuer à mettre en ligne des comptes-rendus de lecture et d’événements littéraires, mais aussi, si ma santé me le permet, de rencontrer d’autres libraires montréalais.

Y a-t-il un sujet sur lequel vous voudriez que j’écrive un article? Indiquez-le moi dans les commentaires!

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Muses

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Jean-Nicolas Saucier et Josianne Massé

« Offrir aux Québécoises une publication francophone indépendante qui mise sur une information de qualité accessible tout en participant à la promotion d’une image saine et diversifiée des femmes dans les médias » : telle est la mission que se sont donnés Josianne Massé et Jean-Nicolas Saucier, coéditeurs du magazine Muses. « On veut être grand public, mais on ne veut pas agir comme les autres médias grand public, » a déclaré M. Saucier hier soir, à l’occasion du lancement du troisième numéro du magazine.

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Réal Bossé

Après avoir remercié la centaine de personnes réunies à l’Alizé pour le lancement, les coéditeurs du magazine ont invité l’homme de théâtre Réal Bossé pour présenter son nouveau spectacle : Spécialités féminines, une collaboration avec Jean Asselin et Sylvie Moreau mettant en scène Laurence Castonguay Emery, Sylvie Chartrand et Marie LefebvreSpécialités féminines, c’est le nom d’un magasin de vêtements et de sous-vêtements pour femmes devant lequel Réal Bossé passait souvent pendant son enfance. En vitrine, des mannequins, parfois sans bras ni sans tête, simulaient la forme du corps féminin pour exposer les vêtements. Marqué par l’idée des femmes en vitrine, M. Bossé a voulu présenter la femme en vitrine, autrement. Un désir partagé par sa collaboratrice Sylvie Moreau, qui en avait assez de parler « de parfum et de féminitude ».

Cette idée de mettre en vitrine la femme, autrement, à travers le mime, a rejoint Josianne Massé, qui a d’ailleurs publié un article au sujet de Spécialités féminines et de la collaboration entre Réal Bossé et Sylvie Moreau dans Muses (Le mime corporel, comme une photo de magazine, en page 12). Le magazine lancera d’ailleurs un concours lundi pour offrir des billets pour le spectacle.

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Eveline Ménard

Après un visionnement de la bande annonce (ci-dessus) de Spécialités féminines, c’est la conteuse Eveline Ménard qui a pris la parole. Elle fait l’objet, avec trois autres conteuses, d’un article dans le nouveau numéro de Muses (Femmes de contes, en page 6). Pour le lancement, Mme Ménard a choisi de réciter un conte dont le personnage central est fasciné par trois femmes de son village mais n’ose pas les approcher. Dès que Mme Ménard a commencé son conte, après une courte introduction musicale à la flûte à bec, ses yeux se sont illuminés. C’était un réel plaisir de la voir et de l’entendre.

Pour le restant de la soirée, c’est le groupe de musique I Pereira I qui a occupé la scène. Le groupe a interprété des reprises (cover songs) de chansons connues ainsi que quelques compositions originales dont une toute nouvelle chanson, Les fonds abyssaux. La balance audio laissait un peu à désirer, surtout pour une des chansons, qui incluait un passage à l’harmonica, mais de façon globale la performance de I Pereira I a apporté une ambiance sympathique à la soirée.

Je vous laisse là-dessus ; j’ai un magazine à lire.

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Walkups

walkups01« Walkups est le mot anglais pour désigner les blocs appartements sans ascenseur, ceux de Montréal en l’occurence, où Blomgren a vécu une dizaine d’années, » indique la quatrième de couverture du recueil de micro-nouvelles Walkups, de Lance Blomgren (BLOMGREN, Lance. Walkups, traduit de l’anglais par Élizabeth Robert et adapté par Danielle Shelton. 2007. Montréal : Éditions Adage Inc. et Bruxelles : Maelström Éditions. 70 pages. Pour la suite de cet article, les lettres WU feront référence à cet ouvrage.)

Ce recueil de micro-nouvelles frappe d’abord par son éclatement. D’un texte à l’autre, on passe de la première personne du singulier à la deuxième, puis à la troisième. La mise en page semble n’obéir à aucune règle précise, plaçant les photographies tantôt à gauche, tantôt à droite des pages, laissant parfois une marge, parfois aucune, présentant quelquefois sur une page un détail, en filigrane, d’une photographie déjà présente plus tôt.

Les procédés narratifs sont variés. On retrouve, par exemple, un texte sous forme d’une succession d’inscriptions que l’on pourrait lire autour et à l’intérieur d’un édifice montréalais : « Nouvelle administration. Peinture fraîche. Téléphone. Renseignements. Attention à la marche. Bac à circulaires. Aucun colporteur. Propriété privée. Défense de fumer. […] » (WU, page 11) ArriereImmeubleQuelques pages plus loin, un autre texte rapporte les paroles d’une personne en train de cuisiner.  « Comme tu peux voir, là, j’ai de la semoule fine et des oignons espagnols. » (WU, page 16)

Ce sont des scènes du quotidien de la vie en ville. Des scènes vécues dans l’escalier d’un édifice à appartements et écoutées à travers une porte de bois. Des scènes banales, bien souvent. Chacune de ces scènes, une micro-nouvelle, est identifiée par une adresse : 4163, rue Saint-Urbain, appartement 1 ; 5170, rue Durocher ; 223, rue Saint-Viateur, appartement 8. On n’effleure la vie de chaque personnage que pour une page ou deux. Certains textes sont bien plus courts, comme ceux-ci :

4163, rue Saint-Urbain, appartement 1
« Je ne peux pas croire que j’ai dit ça », pense-t-il, en fourrant le linge sale dans la laveuse. « C’était tellement stupide. Elle doit me haïr. »
(WU, page 27)

5746, rue Clark
Toi dans tes shorts, c’est l’évidence de la perte tragique de notre pelage. Respiration artificielle sur le balcon, les genoux à l’air.
(WU, page 39)

Ce ne sont que des fragments d’existence, et dès que l’on commence à s’intéresser à un personnage, on doit le quitter. L’un d’entre eux revient, pourtant, un locataire des Apt. d’Amours. Il apporte une forme de fil conducteur au recueil, un fil rongé par un chat d’appartement mais toujours présent.

EscalierNoiretblancLes scènes qui s’enchaînent sont banales, et pourtant, on continue à lire. Dans ce bain de banalité, l’irrationnel et la poésie avancent tranquillement, si lentement qu’on ne s’en rend pas compte. Bientôt, l’envahissement d’un lieu physique par des points d’interrogation semble aussi banal que la poussière dans une cave.

Les photographies en noir et blanc prises par Lance Blomgren et Charles Chalmers contribuent à l’ambiance banale et urbaine du recueil. Elles montrent des portes, des poteaux électriques, des cordes à linge, alors que le texte décrit les sons et images de la ville, parfois jusqu’à une véritable surcharge sensorielle.

1609, rue Saint-Hubert, appartement 5
Les pas du concierge dans la cage d’escalier. À la télévision, une dame sirotant un café commence à prendre forme. Dans le corridor, on débarre une porte. Chez le voisin, on a un ton irrité au téléphone. La dame de la télé sirote sa grande tasse blanche en tournant les pages d’un magazine – elle savoure le moment. Hier, la fenêtre ne voulait pas s’ouvrir, aujourd’hui, la télé ne veut pas se fermer. Il est seulement vingt heures. Ma crème glacée fond sur son bâton. Une bestiole grosse comme un kiwi a réussi à passer au travers la moustiquaire et le détecteur de fumée fait un beep aux deux minutes. Les piles sont mortes. L’eau rushe dans les tuyaux. L’écho des pas du concierge dans la cage d’escalier. La dame de la télévision dépose sa tasse de café et sourit à la ronde. walkups02« Chaque gorgée procure la sensation d’être en vacances. »
(WU, page 24)

En lisant Walkups, j’ai souri à plusieurs reprises, comme en lisant ces deux phrases : « La fille qui fait une maîtrise en biologie n’a plus l’électricité. Trouvant la lumière du jour incongrue, vu la panne, elle a fermé ses rideaux. » (WU, page 22) En lisant Walkups, je me suis aussi reconnue, un peu dans les scènes du quotidien, mais surtout dans l’écriture. Écrire une nouvelle mettant en scène une situation banale dans une ville québécoise et y faire référence à Star Trek : fait! Mettre en scène un personnage qui se peut s’empêcher de compter le temps : fait! Nouveau sourire. Puis, je suis arrivée à ce passage :

Apt. D’Amours          scène 11
Un micro-ondes qui fonctionne la porte ouverte? Je ne l’ai pas cru. « Il suffit d’enfoncer une fourchette ou un couteau dans la clenche. » « Non ! C’est débile ! Trente ou quarante secondes de décongélation et c’est la fièvre instantanée, le délire. » Mais en fin de compte, je l’ai vu. L’ascenseur était hors d’usage et les réparateurs à l’œuvre avaient déplacé la grosse plante en pot de l’étage. En me frayant un chemin jusqu’à l’escalier, je suis passé devant le 104. La porte était ouverte et, instantanément, ils sont tombés en plein dans mon champ de vision : les deux enfants du professeur, debout sur une chaise. Marie-Claude avait la tête dans le four. « Donne-moi-z-en encore trente. » Gus m’a aperçu et m’a salué nerveusement. Je lui ai répondu de même.
(WU, page 48)

CordeALingeJe me suis souvenue de la quatrième de couverture du livre, qui disait qu’« Au début, tout semble à peu près normal, on navigue dans le registre autobiographique, puis on dévie vers l’irrationnel, on frôle la folie. » Je me suis dit que, décidément, ce recueil devenait de plus en plus intéressant à mesure qu’on le lisait.

Le meilleur était encore à lire. Je suis entrée dans une sorte de transe, comme happée par la prose de Lance Blomgren. Je me délectais de chacun des mots apparaissant sur le papier. C’est pour de tels instants que je suis en amour avec la littérature.

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