Écrire le sexe – Plaisirs et défis de l’érotisme en littérature

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Guillaume Corbeil, Stéphane Dompierre, Mélissa Verreault et Caroline Allard

Samedi, au Salon du livre de Montréal, les écrivains Guillaume Corbeil, Stéphane Dompierre et Mélissa Verreault se sont réunis pour une table ronde animée par Caroline Allard et présentée par les Éditions La Peuplade et Québec Amérique. Le thème : Écrire le sexe – Plaisirs et défis de l’érotisme en littérature.

Caroline Allard, écrivaine que beaucoup de gens connaissent comme l’auteure des Chroniques d’une mère indigne, n’a jamais écrit de scènes érotiques. Elle se souvient d’avoir essayé, une fois. « Dès que c’est devenu chaud, [le personnage féminin] a vomi, » rapporte-t-elle. Caroline Allard entame donc la discussion en interrogeant ses invités sur les premières fois qu’ils ont écrit des scènes érotiques.

Pour Guillaume Corbeil, dramaturge, nouvelliste, romancier et cousin de la merveilleuse auteure de ce blogue (lire : c’est un génie ; c’est de famille), le premier essai de scène érotique est tout récent. En effet, il n’en avait jamais écrit avant que Stéphane Dompierre ne l’invite à collaborer à son recueil de nouvelles érotiques Nu. « Je ne savais tellement pas où ça me mènerait que je voulais le savoir, » explique Guillaume Corbeil. Une des difficultés qu’il a rencontrées a été le choix des mots pour décrire l’anatomie et les actes sexuels. « C’est très très troublant, parce que tous les mots viennent avec beaucoup de connotation, […] de connotation littéraire. […] J’étais paralysé, » explique-t-il, remarquant qu’il a plus de pudeur par rapport aux mots qu’ils emploie que par rapport aux situations et actions qu’il met en scène. ErotismeSalon03Pour contourner le problème du choix des mots, il préfère demeurer dans l’évocation, écrivant, par exemple : « Il se toucha à travers son jean. » Mélissa Verreault fait remarquer qu’ainsi, il évite également les répétitions de mots.

La romancière, nouvelliste et blogueuse Mélissa Verreault a plus d’expérience que Guillaume Corbeil en matière d’écriture de scènes érotiques. En effet, son roman Voyage léger, publié en 2011, en contenait. « Dans chacun de mes livres, il y a [au moins] une scène de sexe, » dit-elle, précisant que l’érotisme n’est pas présent dans toutes ses scènes de sexes. Elle cite en exemple une scène de fellation le nez bouché dans L’angoisse du poisson rouge.

Quant au chroniqueur, scénariste et écrivain Stéphane Dompierre, il a écrit à de nombreuses reprises des scènes érotiques. Il était curieux de savoir comment certains autres écrivains traiteraient la chose, et c’est ce qui l’a poussé à leur demander de collaborer au recueil Nu. En plus d’avoir dirigé le recueil, il y signe une nouvelle NUintitulée Animal social. Dans cette histoire futuriste, le sexe est partout et l’amour est tabou. Il explique que l’idée d’une société où la pornographie est diffusée partout, dans les transports en commun par exemple, lui est venue un soir où, de passage à Rimouski, il est entré dans une discothèque où, à sa grande surprise, un film porno était diffusé sur un grand écran. Plus tard dans la même soirée, il est allé dans une boîte où un chansonnier était sur scène… avec un film porno projeté derrière lui! Ainsi, la société hyper-sexualisée qu’il décrit n’est peut-être pas si lointaine de la nôtre… « Comme disait Paul Piché, couchez oui, couchez non! » s’amuse à dire Stéphane Dompierre, (en référence à la chanson Cochez oui, cochez non interprété -et coécrite- par Paul Piché, un chansonnier bien connu au Québec). Stéphane Dompierre croit qu’il est important que, dans la littérature, les scènes érotiques soient toujours accompagnées d’un propos. Il raconte comment il a s’est ennuyé en lisant les œuvres d’Anaïs Nin ainsi que Fifty Shades of Grey d’E.L. James, qu’il considère comme un assemblage de scénettes érotiques sans réel propos. Il est fier d’avoir pu partager, au moyen de son recueil Nu, des textes érotiques différents de ce que l’on peut déjà trouver sur le marché.

Quant à vous, chers lecteurs, avez-vous récemment lu des textes érotiques? N’hésitez pas à en parler dans les commentaires!

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Mercredi soir au Salon du livre de Montréal

Salon07Du 19 au 24 novembre 2014 avait lieu la 37e édition du Salon du livre de Montréal, sous le thème Montréal, francosphère du livre. J’ai eu la chance d’y passer deux soirées, soit mercredi le 19 et samedi le 22, et je voulais partager avec vous, chers lecteurs, les rencontres que j’ai faites et les événements auxquels j’ai assistés.

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Anne Sainte-Marie et Giulianna Laurent Caire

Premier arrêt : Livres comme l’air. Comme chaque année depuis l’an 2000, Amnistie internationale, le Centre québécois du P.E.N. (Poets, Essayists, Novelists) international et l’Union des écrivaines et des écrivains québécois se sont unis à dix écrivains québécois pour commémorer la Journée internationale des écrivains emprisonnés. Kiosque d’exposition spacieux, bel accueil, information à distribuer, pétitions à signer, tout y était pour sensibiliser les passants à la cause. Pour en savoir plus, je vous invite à lire mon récent article sur le sujet.

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Samuel Dion

La Fondation pour l’alphabétisation était aussi présente au Salon du livre. Ses deux kiosques d’exposition faisaient la promotion de son programme phare La lecture en cadeau. Pour une seizième année, la Fondation recueille des dons de livres pour les distribuer à des enfants défavorisés de toutes les régions du Québec. Cette année, le programme a une nouvelle porte-parole, Salomé Corbo, et un nouvel objectif : atteindre les 40 000 livres donnés d’ici la fin du mois de décembre. Avec de grands besoins, surtout chez les 0 à 5 ans, La lecture en cadeau compte sur la générosité de la population du Québec. Il est possible de donner en ligne, par téléphone, par la poste ou grâce aux boîtes de dons installées dans certaines librairies.

Un nuage est passé sur ma soirée lorsque j’ai appris, par les écrans du Salon, le décès de la journaliste et essayiste Ghila Sroka, très impliquée au sein de la communauté juive de Montréal. Je vous invite à consulter l’article publié par mon oncle Victor Afriat, ami de Mme Sroka, à ce sujet.

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Gilda Routy, Dany Laferrière, le maire Coderre et les invités d’honneur

Je me suis ensuite dirigée vers l’espace Archambault pour assister à l’inauguration officielle du Salon. C’est durant cette cérémonie, décrite plus en détails dans cet article, qu’a été remis le prix Marcel-Couture 2014. Tous les invités d’honneur du salon étaient présents, ainsi que Dany Laferrière et le maire Coderre.

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Carl Fortin et Daniel Grenier au kiosque des Libraires

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Sophie Lafrenière et Catherine Cormier-Larose au kiosque de la Sodep

Les libraires, portail électronique et magazine de la coopérative des Librairies indépendantes du Québec (LIQ), avaient leur propre kiosque, où l’on pouvait se procurer gratuitement le magazine en plus de participer à au tirage d’une sélection de livres d’une valeur de plus de 1000 $.

La Société de développement des périodiques culturels québécois (Sodep) avait également son kiosque d’exposition, où l’on pouvait feuilleter différents numéros, récents et moins récents, des revues membres : 24 Images, Exit, JEU, Les écrits, Mœbius, Spirale, etc.

J’ai eu la chance de rencontrer Alain Lafond, écrivain et fondateur des Éditions Onirium. Il a jusqu’à maintenant publié deux romans fantastiques à suspense, Les voyageurs de la nuit et L’incréé, qui s’inscrivent dans une trilogie intitulée Dreamwalkers. Les deux romans ayant été reçus assez positivement, il a l’intention de publier leur traduction anglaise prochainement, ainsi que le troisième tome de la trilogie. Il est également question de tourner les pilotes d’une mini-série basée sur les romans. À long terme, Alain Lafond aimerait publier des manuscrits fantastiques et de science-fiction d’autres auteurs québécois.

Pour bien terminer la soirée, j’ai rencontré Michel Viau et Jean-Dominic Leduc, : auteurs d’un livre intitulé Les années Croc. Le volume retrace l’histoire du magazine québécois Croc, publié de 1979 à 1995 au fil de courtes biographies et d’entretiens avec les humoristes, dessinateurs et autres créateurs y ayant contribué, d’articles sur l’évolution du magazine et sur les événements qui l’ont marqué ainsi que d’une multitude de bandes dessinées, de photos et de dessins parus dans Croc. Michel Viau explique que Les années Croc est le résultat d’un an de travail. Il a mené les recherches sur l’histoire du magazine et de la bande dessinée québécoise, tandis que son coauteur s’est concentré sur les entretiens.

J’espère vous revenir bientôt avec des compte-rendus des Voyageurs de la nuit et des Années Croc. D’ici-là, je vous invite à partager, dans les commentaires, ce que vous avez vu, entendu et lu au Salon du livre de Montréal, si vous avez eu la chance d’y aller cette année.

30 novembre 2014 : Cliquez ici pour découvrir ce que j’ai fait samedi au Salon du livre.

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L’inauguration du Salon du livre

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Discours de Gilda Routy

La semaine dernière avait lieu le Salon du livre de Montréal 2014, sous le thème Montréal, francosphère du livre. C’est Gilda Routy, présidente du conseil d’administration du Salon, qui a prononcé le premier discours de la cérémonie d’inauguration, encourageant les personnes présentes à partager, autant que possible, le plaisir de lire. « Nous avons le devoir, me semble-t-il, d’être contagieux, […] de devenir des virus livresques, » a-t-elle déclaré.

Elle a ensuite présenté les invités d’honneur du Salon : Catherine Girard-Audet, Denise Desautels, Katherine Pancol, Marie-Jean Vinciguerra, Max Lobe, Michel Marc Bouchard, Michel Tremblay, Normand Baillargeon, Rémy Simard, Richard Béliveau, Catherine Mavrikakis, Emmanuel Carrère, Marguerite Andersen et Sylvie Massicotte.

Venait ensuite la remise du prix Marcel-Couture, en collaboration avec le journal La Presse. Les œuvres mises en nomination, choisies pour leur originalité et leur audace éditoriale, étaient les suivantes : Les saveurs gastronomiques de la bière, de David Gendron-Lévesque et Martin Thibault, Sur la piste de Maud Graham. Promenades et gourmandises, de Chrystine Brouillet et Marie-Ève Sévigny, La Pastèque. 15 ans d’édition
, œuvre collective, Le Noël de Marguerite, d’India Desjardins et Pascal Blanchet et Les années Croc, de Jean Dominic Leduc et Michel Viau.

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Discours de Mario Girard

Après avoir présenté les finalistes ainsi que le jury, Gilda Routy a invité Mario Girard, directeur de l’information au journal La Presse, à monter sur scène. C’est donc lui qui a révélé que le prix serait remis à Chrystine Brouillet et Marie-Ève Sévigny pour leur livre Sur la piste de Maud Graham. Promenades et gourmandises. Les deux auteures recevront dont une bourse de 5 000 $ offerte par La Presse , ainsi qu’une œuvre de l’artiste-verrier Denis Gagnon.

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Discours de Christine Brouillet

En l’absence de Marie-Ève Sévigny, Christine Brouillet est venue seule accepter le prix. Dans son discours, elle a remercier ses lecteurs de leur fidélité, depuis vingt-cinq ans, au personnage de Maud Graham. Elle a également remercié sa coauteure, expliquant qu’il y a plusieurs années déjà que cette dernière anime des promenades dans la ville de Québec sur le thème de Maud Graham. En terminant son discours, elle a remercié l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, Illustration Québec, le Salon du livre de Montréal et Hachette Canada d’avoir donné accès à un kiosque d’exposition aux auteurs de la maison d’édition en faillite La courte échelle.

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Discours de Dany Laferrière

Gilda Routy a ensuite pris la parole pour attribuer à Dany Laferrière, devenu en décembre dernier le premier Québécois à rejoindre l’Académie française, le titre d’« immortel du Salon du livre de Montréal », soulignant la volonté d’immortalité que véhicule la langue. Dany Laferrière est ensuite monté sur scène pour prononcer un discours, rappelant à l’assistance que, comme le disait l’écrivain Borges, « La mort n’est qu’une question de statistique, » et que nous sommes tous immortels jusqu’à preuve du contraire.

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Discours de Denis Coderre

Denis Coderre, le maire de Montréal, a suivi Laferrière au micro, « une première présence pour un maire depuis plusieurs années, » selon Gilda Routy. « Je suis un amant du livre; j’adore le livre. » a déclaré Coderre, affirmant avec fierté la place de Montréal comme métropole culturelle. Il a exhorté les auteurs à « [continuer] à nous faire rêver, » puis a ajouté qu’à l’approche des célébrations du 375e anniversaire de la ville, qui auront lieu en 2017, nous avons un devoir de mémoire et d’expression. « Montréal, c’est la diversité. Montréal, c’est Molière qui rencontre Shakespeare. »

C’est ainsi qu’a officiellement débuté la 37e édition du Salon du livre de Montréal. À bientôt pour d’autres articles au sujet de ce palpitant rendez-vous littéraire!

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Livres comme l’air

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Crédit photo : i k o

Pour commémorer la Journée internationale des écrivains emprisonnés, qui a lieu le 15 novembre de chaque année, Amnistie internationale, le Centre québécois du P.E.N. (Poets, Essayists, Novelists) international et l’Union des écrivaines et des écrivains québécois se sont de nouveau unis pour la quinzième édition de Livres comme l’air. Dans le cadre de ce projet, dix écrivains québécois ont été jumelés à des écrivains étrangers incarcérés ou persécutés par leurs gouvernements en raison de leur écrits. Chacun des écrivain québécois a dédicacé un de ses livres qui a été envoyé à l’écrivain étranger lui étant jumelé. Les dédicaces ont également été lues en public le vendredi 21 novembre au cours d’une soirée animée par Stéphane Dompierre.

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La chaise de Dina Meza

J’ai eu la chance, mercredi dernier, de visiter le kiosque d’exposition de Livres comme l’air au Salon du livre de Montréal. Chaque écrivain étranger y avait sa chaise, accompagnée d’une pétition demandant sa libération et/ou l’abandon des charges pesant sur lui ou elle. Dans le cas de Jihad Asad Mohamed, porté disparu, la pétition demandait également que des recherches soient entreprises pour le retrouver.

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Le kiosque d’exposition de Livres comme l’air

Au dessus des chaises étaient affichées les biographies des auteurs jumelés ainsi que les dédicaces des auteurs québécois aux auteurs étrangers. On peut retrouver l’ensemble de ces biographies et dédicaces sur le site Internet de l’événement. Petit tour d’horizon des jumelages :

Native du Caire, en Égypte, la poète Nora Atalla a grandi à Montréal. Elle vit toujours au Québec, mais elle part souvent en voyage à l’étranger et s’implique à l’international dans le domaine de la poésie. Elle est jumelée à l’écrivain et journaliste Dawit Isaak. En 2001, Isaak a été arrêté à Samara en Érythrée, son pays d’origine, en même temps que dix autres journalistes, dont sept sont décédés en prison. Ce n’est malheureusement pas étonnant lorsqu’on sait que l’Érythrée occupe, pour la septième année consécutive, le dernier rang au classement mondial de la liberté de presse établi par Reporters sans frontières.

Roumaine d’origine, la poète et traductrice Oana Avasilichioaei vit au Québec depuis 1999. Elle participe souvent à des lectures publiques, conférences, performances et festivals au Québec et à l’étranger. EmprisonnementfilbarbeleElle est jumelée au journaliste Ayyad al-Harbi, condamné en 2013 à deux ans de prison au Koweït pour avoir critiqué la famille royale sur Twitter. La peine d’al-Harbi ayant débuté en janvier 2013, on peut espérer sa libération prochaine, mais peut-on réellement parler de liberté dans un pays dont les journalistes et blogueurs doivent s’abstenir de critiquer le pouvoir en place?

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Crédit photo : Aapo Haapanen

Écrivain, philosophe et intervenant social, Jean Bédard s’intéresse depuis longtemps aux grands problèmes sociaux. Pour Livres comme l’air, il est jumelé à l’éminent défenseur des droits humains Mukhlif Al-Shammari. Journaliste en Arabie Saoudite, Al-Shammari avait déjà été arrêté à plusieurs reprises pour ses articles. C’est une vidéo diffusée sur YouTube et dans laquelle deux femmes témoignaient des mauvais traitements dont elles avaient été victimes, qui lui a valu, en juin 2013, une peine de prison de cinq ans.

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Livres comme l’air au Salon du livre de Montréal

Le dramaturge québécois Michel Marc Bouchard a grandi sur une ferme au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Depuis 1988, son théâtre lui a valu quantité de distinctions, dont le titre d’Officier de l’Ordre du Canada en 2005 puis de Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2012. Invité d’honneur du Salon du livre de Montréal, il agit comme porte-parole de Livres comme l’air pour la durée du Salon, comme il l’explique dans cette courte vidéo. Michel Marc Bouchard est jumelé au journaliste syrien Jihad Asad Mohamed. Suite à sa disparition le 10 août 2013, il a été avancé que Jihad Asad Mohamed avait été arrêté en raison de ses propos en faveur d’une réforme gouvernementale. Le gouvernement syrien n’a jamais confirmé cette théorie et le journaliste n’a jamais été aperçu depuis.

Chanteur, guitariste, écrivain et travailleur social, Richard Dallaire travaille présentement dans le domaine de l’alphabétisation. Il est jumelé à Raif Badawi, le fondateur du site Internet Free Saudi Liberals. Incarcéré en Arabie Saoudite depuis 2012, le blogueur a été jugé de nouveau et a reçu en septembre dernier une sentence de 10 ans de prison et de 1 000 coups de fouets ainsi qu’une amende d’un million de riyals saoudiens, soit l’équivalent de près de 290 000$ canadiens. Sa conjointe, réfugiée à Sherbrooke avec ses enfants, ainsi qu’Amnistie internationale, demandent sa libération inconditionnelle. Si vous n’avez Prisonbarreauxpas eu la chance de signer la pétition au Salon du livre, vous pouvez apporter votre support en la signant en ligne.

Fondateur de La courte échelle, Bertrand Gauthier est l’auteur de nombreux romans pour la jeunesse, dont la série Ani Croche. Il est jumelé au pianiste et compositeur de renom Fazil Say. Arrêté par le gouvernement turc après avoir publié sur Twitter des micromessages jugés insultants envers la religion musulmane, Fazil Say est actuellement en période de sursis-mise à l’épreuve, et songe à quitter la Turquie pour éviter un nouvel emprisonnement.

Titulaire d’une maîtrise en science politique, l’écrivaine Pauline Gélinas s’intéresse depuis longtemps au développement international. Sur son site Internet, on peut lire :

«J’ai l’honneur d’être jumelée à la journaliste et auteure hondurienne Dina Meza, militante des droits humains, traquée parce qu’elle ose prendre la parole pour dénoncer les disparitions, l’emprisonnement et la torture de ceux qui contestent les politiques du gouvernement du Honduras.
« Après la lecture de ma dédicace, je parlerai des liens choquants qui lient très étroitement le Canada au Honduras… liens qui me rendent complice des menaces contre Dina Meza.
« Le premier ministre Harper a été un des premiers à accourir au Honduras saluer le nouveau président, après ce que l’Union européenne estimait pourtant être un coup d’État. Le gouvernement Harper s’est vite attablé avec les nouveaux dirigeants de ce pays pour négocier la révision des lois honduriennes afin que les minières canadiennes aient de nouveau les coudées franches pour jouer avec l’environnement… et l’eau potable de milliers d’Honduriens. En plus de l’or hondurien pendant à nos oreilles, nous portons beaucoup le Honduras sur nos épaules… le Canada important de plus en plus de vêtements  » made in  » Honduras. Dans ce pays, le pourcentage des enfants de 5 à 14 ans qui travaillent est plus élevé qu’en Inde (au prorata de la population)… dixit la C.I.A. C’est tout dire! Mais dans quelle manufacture tous ces enfants travaillent-ils?
« La question n’est peut-être pas tant quelle longueur de doigts tisse ces vêtements? mais bien combien de doigts reste-t-il à la main des Honduriens qui osent dénoncer le travail des  » petits doigts  » d’enfants. »

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Crédit photo : Christian Senger

Linda Leith, romancière, traductrice, propriétaire de Linda Leith Éditions et fondatrice du magazine numérique Salon II, est jumelée au journaliste Kunchok Tsephel Gopey Tsang. Co-fondateur d’un site Internet en langue tibétaine qui fait la promotion de sa littérature et de sa culture, il est incarcéré en Chine depuis 2009 pour une peine de quinze ans. Amnistie internationale rapporte qu’ « aucun avocat n’a été autorisé à l’aider à faire appel » et que « sa famille n’a accès à lui que 30 minutes tous les deux mois; elle le voit derrière une vitre et doit lui parler par interphone en chinois, langue que sa mère ne maîtrise pas. »

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Crédit photo : Michael Coghlan

Originaire de Chicoutimi, Larry Tremblay est écrivain, metteur en scène, acteur et spécialiste de kathakali, danse-théâtre qu’il a étudiée en Inde. Il est jumelé à Sardar Alibeyli, rédacteur en chef du journal Nota Bene et du site PS Nota. Son opposition au président actuel de la République d’Azerbaïdjan a valu à Alibeyli plusieurs peines d’emprisonnement. La plus récente date de 2013 et le condamne à quatre ans de prison.

Finalement, la poète, blogueuse et médecin psychiatre Ouanessa Younsi est jumelée à la sociologue et écrivaine Pinar Selek. Militante antimilitariste et féministe engagée, Selek a été accusée d’avoir participé à un supposé attentat à la bombe, plus tard reconnu comme une fuite de gaz. Après de nombreux appels et acquittements, elle a été condamnée en 2013 à l’emprisonnement à vie. Elle a dû fuir son pays d’origine, la Turquie, pour trouver refuge en France.

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Anne Sainte-Marie et Giulianna Laurent Caire

10 écrivains québécois, 10 écrivains étrangers, autant de bonnes raison pour visiter, si vous en avez la chance aujourd’hui ou demain, le kiosque d’exposition de Livres comme l’air. Sans compter que les bénévoles et employés d’Amnistie internationale y offrent un accueil fort sympathique.

 

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« Il n’y a pas d’endroit dans le monde où je me suis mieux sentie que sur l’océan. »

SoireeMPaquette5Mylène Paquette s’est rendue célèbre en 2013 en traversant l’océan Atlantique à la rame en solitaire. Très présente sur Internet, elle a blogué, microblogué et publié des images pendant la préparation de sa traversée ainsi que pendant la traversée elle-même. Depuis son retour, elle a donné près de deux cents conférences en plus d’accorder des entrevues aux médias et de poursuivre son rôle d’ambassadrice du fleuve Saint-Laurent pour la Fondation David Suzuki. Elle a tout le même trouvé le temps, cet été, de s’isoler dans le bois pour pondre un livre au sujet de son expérience : Dépasser l’horizon, qui vient de paraître aux Éditions La Presse.

Pour souligner la sortie de ce volume, la librairie Paulines recevait Mylène Paquette pour une causerie animée par l’écrivaine et animatrice Claudia Larochelle. Avant d’entamer mon compte-rendu de cette soirée, je vous invite à visionner cette courte vidéo, mise en ligne il y a quatre ans. Sur des images de sa traversée de l’Atlantique en équipe, Mylène Paquette y explique son projet de traversée en solitaire.

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Claudia Larochelle et Mylène Paquette

Donc, le 17 novembre dernier, un an après être arrivée en France à la rame en solitaire, Mylène Paquette est allée à la rencontre de ses lecteurs, à commencer par Claudia Larochelle, qui s’émerveille du talent d’écriture et du courage de la rameuse. Mylène Paquette explique que c’est son travail auprès d’enfants malades, au CHU Sainte-Justine, qui lui a donné l’urgence de vivre qui l’a poussée à entreprendre un projet d’une telle envergure.

Il y a quelques années, Mylène Paquette ne faisait pas de bateau. C’est avec des réticences qu’elle a accepté, un été, l’invitation de sa sœur à aller faire de la voile sur le lac Champlain. « J’ai vraiment eu la piqûre, » explique Paquette, se remémorant sa fascination initiale pour le fonctionnement du bateau et pour les magazines de voile prêtés par son beau-frère. De retour du lac Champlain, elle a commencé à faire des recherches sur Internet, à suivre les blogues de différents passionnés de la voile à travers le monde, puis à prendre des notes à en remplir cartable après cartable. C’est au détour d’un blogue qu’elle a découvert la rame océanique. Pour la première fois de sa vie, elle avait une passion, et bientôt un rêve, un projet : traverser l’océan Atlantique en solitaire, à la rame.

Dépasser l'horizon

Cliquez sur cette image pour lire gratuitement les premières pages!

Elle a donc commencé son entraînement physique. Elle a d’abord prétendu viser une perte de poids, craignant que si elle révélait ses intentions réelles, ses proches et ses collègues de travail lui diraient que c’est impossible et qu’elle finirait par se décourager. Ce n’est qu’en 2009 qu’elle a suivi des formations de navigation, de survie et de mesures d’urgence en mer. En 2010, elle a traversé l’Atlantique à la rame pour la première fois, accompagnée de cinq Anglais. Elle a ensuite commencé à préparer sa traversée en solitaire : recherche de commanditaires, achat d’un bateau à rames océanique, voyage en solitaire de Montréal aux Îles-de-la-Madeleine, etc. « Il y a plein de petits sauts dans le vide, » dit-elle, racontant comment elle a quitté un emploi stable pour se consacrer à sa traversée et comment, tout en étant emballée par son projet, elle avait de nombreuses peurs.

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Claudia Larochelle et Mylène Paquette

Ses peurs, Mylène Paquette s’est forcée à les confronter sur l’océan. « On a l’impression qu’on va mourir [du mal de mer]. C’est plate parce qu’on ne peut pas mourir de ça, » raconte-t-elle. Elle raconte aussi comment, seule près du lieu de naufrage du Titanic, elle a commencé à avoir peur, la nuit, des zombies, s’imaginant les naufragés du Titanic s’en prenant à son bateau. Elle a en a même parlé sur Internet, ce qui a poussé un passionné de films et de livres de zombies à téléphoner à son équipe au sol pour leur dire d’informer la rameuse que « Les zombies ne savent pas nager. »

L’angoisse l’ayant accompagnée tout au long de sa traversée, Mylène Paquette en a parlé dans son récit. « Je lisais [Dépasser l’horizon] dans mon bain. J’angoissais, » confie Claudia Larochelle. Or, si passer 129 jours seule sur un bateau peut être source d’angoisse, c’est également source d’expériences positives. Mylène Paquette explique qu’ayant été témoin, dans le cadre de son travail de préposée dans un centre hospitalier, de grandes souffrances, elle était à la recherche d’un absolu, de ressentir un absolu qui serait, au SoireeMPaquette2contraire, positif. Cet absolu, elle l’a trouvé dans le ciel nocturne qu’elle pouvait voir de son embarcation. Sans smog, sans autre source de lumière que les étoiles, couchée, elle regardait vers le haut. « À chaque fois que je regardais les étoiles, je me disais qu’il y [avait] quelqu’un qui regardait les étoiles en se disant qu’il y [avait] quelqu’un qui regardait les étoiles, » confie la rameuse. Elle s’émerveille aussi de la quantité de lumière que produisent les étoiles : « Juste un ciel étoilé pas de nuages, tu peux lire un livre. »

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Pierre Ménard présentant mesdames Larochelle et Paquette

Interrogée par Claudia Larochelle à ce sujet, Mylène Paquette parle de ce qu’elle a lu en bateau. Elle a beaucoup apprécié Soie d’Alessandro Baricco, ainsi que C’était au temps des mammouths laineux de Serge Bouchard. Elle a aussi amorcé la lecture de J’enterre mon lapin de François Barcelo et Agathe Bray-Bourret. Le personnage principal et narrateur de ce roman graphique étant un déficient intellectuel, de nombreuses fautes d’orthographe ont intentionnellement été laissées dans le texte, ce qui rendait la lecture d’autant plus difficile que, des fois, en raison des mouvements du bateau, Mylène Paquette regardait ailleurs ou sautait une ligne et perdait le fil. Finalement, comme elle apprécie beaucoup l’écriture de François Avard, la rameuse a également lu Avard Chronique, ce qui lui permettait, dit-elle, de se sentir sur terre.

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Claudia Larochelle et Mylène Paquette

Au fur et à mesure que sa traversée avançait, Mylène Paquette a commencé à se sentir de plus en plus connectée avec l’océan, à sentir la présence des animaux marins avant de les apercevoir, à avoir l’intuition qu’elle allait chavirer avant que son embarcation ne se retourne, et même à avoir l’impression, dans les grosses vagues, qu’une main était posée sur son épaule. Plus que nulle part ailleurs, elle se sentait le droit d’être là. « Il n’y a pas d’endroit dans le monde où je me suis mieux sentie que sur l’océan, » affirme-t-elle.

Très sensible à la cause écologique, elle espère que son témoignage aidera non seulement à démystifier l’océan, mais à mobiliser la population. « Autant que je voyais des mammifères, je voyais des déchets. Autant que je voyais des oiseaux, je voyais des déchets, » raconte-elle. Elle poursuit donc son implication auprès de la Fondation David Suzuki, en plus de parler d’écologie lors de ses conférences.

À force de s’exprimer en public, Mylène Paquette est devenue très à l’aise avec un micro. C’est un plaisir de l’entendre. Quand à Claudia Larochelle, elle sait animer tout en laissant beaucoup de liberté aux gens qu’elle passe en entrevue. Si vous lisez cet article le jour-même ou le lendemain de sa parution, je vous encourage à aller faire la rencontre des deux auteures samedi le 22 novembre ou dimanche le 23 novembre au Salon du livre de Montréal.

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