Livres et fierté

Aujourd’hui avait lieu la journée communautaire de Fierté Montréal, une belle occasion de découvrir des clubs sociaux et sportifs, d’encourager des organismes à but non lucratif et de remplir son sac d’échantillons gratuits et de publicités des commanditaires de l’événement, mais aussi de jaser avec de nombreux amoureux des livres. Petit aperçu de mon après-midi.

Petrinetmoi

J’ai eu le plaisir de rencontrer Jacques Pétrin (à mes côtés ci-contre) au kiosque du Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre de la CSQ. Avec le comité, M. Pétrin travaille à développer et à rendre disponibles des ressources pour les enseignants. On peut télécharger directement sur Internet un certain nombre de documents PDF proposant des suggestions de livres pour les bibliothèques scolaires mais aussi des dossiers pédagogiques pour certaines des suggestions. Les thèmes ciblés : le sexisme, les stéréotypes, les relations amoureuses, la diversité des familles, l’intimidation et les réalités LGBT. La littérature est un puissant outil éducatif et il est important que les enseignants disposent de ressources pour aborder en classe des livres récents comme La princesse qui n’aimait pas les princes (Alice Brière-Haquet, 2010) ou J’ai 2 papas qui s’aiment (Morgane David, 2007). À surveiller en septembre sur le site Internet : de nouveaux guides de lecture!

Roy

Jasmin Roy (à mes côtés ci-contre) est comédien, mais il est aussi l’auteur d’Osti de fif! et de La quête du p’tit Roy. Ayant été victime d’intimidation et de violence à l’école (il décrit ce qu’il a vécu dans Osti de fif!), il a choisi de s’impliquer en milieu scolaire par l’entremise de sa propre fondation, la Fondation Jasmin Roy. Pendant les trois dernières années scolaires, différentes écoles primaires et secondaire du Québec ont reçu la somme de 10 000 dollars chacune. Avec ce montant, une école peut employer un jour par semaine un intervenant qui apportera son aide pour minimiser l’intimidation, la discrimination et la violence. Pour la journée communautaire, Jasmin Roy faisait la promotion de sa fondation ainsi que de ses touchants ouvrages.

HamelBravant la pluie qui commençait à tomber, Nicole Hamel faisait la promotion de ses ouvrages. Le titre  L’amour entre femmes dans l’Église catholique (coécrit avec une certaine Judith) me semble assez évocateur pour se passer de description. Depuis l’écriture de cet ouvrage, Nicole Hamel a rejoint l’Église Unie, laquelle est très ouverte par rapport à l’homosexualité.

Etoiledemer

Les auteurs Pascale Cormier et Robin Gravel (ci-contre) m’ont accueillie au kiosque des Éditions de l’étoile de mer. La petite maison d’édition est très impliquée dans la communauté LGBT et offre à des auteurs peu connus une belle vitrine. J’ai fait l’achat du conte Cendrier de Pascale Cormier; je vous reviens là-dessus bientôt!

LaurieJamie B. Laurie (ci-contre) et plusieurs autres écrivains se sont réunis au kiosque de la Fierté littéraire pour vendre leurs ouvrages et discuter avec leurs lecteurs. De plus, le kiosque offrait de participer à plusieurs jeux et concours. Personnellement, je n’ai pu résister à l’un de ces jeux. J’ai été récompensée par un exemplaire du Dictionnaire érotique de Richard Ramsay (35 dollars en librairie – si seulement je pouvais payer mon épicerie en remplissant des grilles de mots croisés!)

J’ai beaucoup apprécié mon expérience et je vais probablement continuer de sourire comme une tarée pendant quelques heures encore. Enfin! je vous laisse : j’ai un conte à lire, puis un dictionnaire à feuilleter, puis une bibliothèque à piller visiter.

18 août 2014 : Mon article au sujet de Cendrier est maintenant disponible. Cliquez ici pour le lire.

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Le Café des Arts

Aujourd’hui avait lieu l’ouverture officielle du Café des Arts, une gaArtisteslerie à ciel ouvert qui occupera une partie de la place Émilie-Gamelin jusqu’à dimanche. Jean-Pierre Pérusse (ci-contre, au micro) a réuni des œuvres de Cantin, Circé, Hidgen Hodgins, Ian Gamache, Ianna Book, Jonathan Lemieux, Josiane Boulet, Pascal Guilbault et Ethel Shoul.

Je m’excuse d’avance du manque de photos dans cet article : mon pauvre appareil photographique a eu un malaise. Ne vous en faites pas, je lui ai administré un peu d’air comprimé et un nettoyage au pinceau, et il semble se porter beaucoup mieux.

Ianna Book est une militante transsexuelle et cela est très visible dans son art, qui inclut une culotte portant l’inscription « New vagina takes its place », textuellement « Nouveau vagin prend sa place ». Ses photos, qui incluent souvent des éléments architecturaux et des références à sa transition d’homme à femme, font preuve d’une grande sensibilité de sa part. Cliquez ici pour avoir un aperçu de plusieurs de ses œuvres.

Jonathan Lemieux, est un véritable artiste multidisciplinaire. Ses œuvres incluent des vidéos, des installations, de la littérature et bien plus, mais ce sont des photographies qu’il présente au Café des Arts. Personnellement, j’apprécie certaines de ses œuvres, mais je n’ai malheureusement pas été touchée par celles qu’il expose présentement.

Josiane Boulet, artiste peintre, expose des paysages urbains, mais aussi des œuvres abstraites colorées. Si ses œuvres ne m’ont particulièrement touchée, elles présentent toutefois un intérêt du point de vue esthétique.

Hidgen Hodgins est un photographe engagé et je vous encourage à visiter son site pour découvrir son travail, qui inclut des portraits aussi bien que des paysages et des œuvres.

Ethel Shoul est l’invitée internationale de cette sixième édition du Café des Arts. En effet, elle vit en Grande-Bretagne, où elle milite pour les droits des conjoints de même sexe. C’est un peu grâce à elle que les homosexuels peuvent se marier officiellement en Grande-Bretagne. Le portfolio qu’elle présente sur son site montre bien comment elle allie peinture, photographie et collage pour créer des œuvres dont chaque élément renferme une nouvelle découverte.

CostumesPascal Guilbault étale ses talents de costumier sur une table située à l’entrée du Café des Arts (voir la photo ci-contre). Impossible, donc, de manquer ses costumes fort créatifs et originaux. Les photos de ses créations originales récemment utilisées dans la comédie musicale Catnip! donnent envie de commencer tout de suite à surveiller la date de la prochaine représentation, annoncée comme la version remixée, pour laquelle il faudra malheureusement attendre jusqu’en 2015…

Ian GamacheGamache (ci-contre, à côté d’une de ses œuvres) se sert de tout le matériel à sa portée, même quand il s’agit d’une boîte de carton, pour créer des images dérangeantes, mettant souvent en scène la mort, la torture et des armes à feu. Il parvient à nous faire voir ces motifs, déjà utilisés par de nombreux autres artistes, sous un nouvel angle. Pour en avoir un exemple, suivez ce lien et découvrez son œuvre The Line Up.

CantinCantin est l’artiste à lunettes rondes que vous pouvez voir ci-contre. Je souligne la présence de ces lunettes car l’objet semble souligner son lien de parenté avec son oeuvre Balou, derrière lui… D’ailleurs, si je me fie à certains de ses autoportraits, il considère ses lunettes comme un trait important de son visage. Les personnages de ses portraits semblent être entourés d’une atmosphère de mystère, un peu comme la célèbre Joconde de Léonard de Vinci. Cantin ne se limite pas à exposer des portraits, et présente au Café des Arts des œuvres abstraites dans lesquelles je me plais parfois à imaginer des paysages.

CirceJ’ai gardé mon coup de cœur pour la fin. Il s’agit de Circé (ci-contre), une artiste peintre transsexuelle qui prend pour modèles les femmes de son entourage pour créer des images souvent dérangeantes qui remettent en question l’image qu’on se fait de la femme et de sa sexualité. Artiste engagée, elle dénonce la trans misogynie (discrimination envers les femmes trans) mais aussi la misogynie en général. Visitez la  galerie de ses œuvres disponible sur son site Internet, je crois que personne n’y restera indifférent. Personnellement, je ne peux voir Food for thought sans sentir une envie irrépressible de serrer les poings, mais l’œuvre qui me touche le plus est The Space Between, qui illustre la fissure entre les femmes sisgenres et les femmes trans (pour en savoir plus sur les mots « sisgenre » et trans, lisez mon article Rencontres en transe).

Si vous voulez en savoir plus pour le Café des Arts, je vous conseille de lire l’article d’André C. Passiour paru dans le magazine Fugues et disponible gratuitement sur Internet. Si vous en avez la chance, vous pouvez visiter le Café des Arts sur la place Émilie-Gamelin jusqu’à dimanche (le 17 août 2014). C’est gratuit, et vous pourrez découvrir qui sera VOTRE coup de cœur!

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Macédoine d’idées

Des pensées/idées/liens/photos en rafale!

Dedicace1. À droite, la page de garde de mon exemplaire de l’anthologie D’aube et de civilisation. Il y est écrit:

Pour Emerance

Dans le partage

du poème.

Amicalement

Nicole Brossard

11 août

2014

C’était un plaisir d’écouter Nicole Brossard réciter ses poèmes. Dès que j’en ai le temps, je m’attaque à cette anthologie de ses œuvres.

2. L’acteur Robin Williams est décédé cette semaine. Je retiendrai de lui ces quelques mots : « You’re only given one little spark of madness. You mustn’t lose it. » Traduction : « On ne vous donne qu’une petite étincelle de folie. Il ne faut pas la perdre. »

3. Le site Internet de Radio-Canada propose un survol rapide de l’histoire de la bande dessinée au Québec.

Cam4. J’adoooooooore les événements littéraires. Merci aux bénévoles (dont Cam, ci-contre) qui les rendent possibles. Si, comme moi, vous habitez à Montréal, visitez régulièrement le Mur Mitoyen pour ne rien manquer!

5. Je cite l’écrivaine trans Sophie Labelle lors de la table ronde d’hier soir : « Notre corps nous appartient. […] Je suis une femme, donc j’ai un corps de femme. »

6. Je viens de terminer de recopier la première partie du roman Le triangle d’or de Maurice Leblanc. J’en suis à 43 432 mots. Vous pouvez lire mes dernières réflexions triangulaires en cliquant ici.

7. Merci de visiter Emerancega.com!

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Rencontres en transe

InstallationCe soir, le bar Le Cocktail prêtait de nouveau sa scène à une table ronde littéraire. Le sujet : la mésassignation de genre en littérature. Organisée par Denis-Martin Chabot, la soirée a réuni une cinquantaine de personnes autour des écrivains Robert Tessier, Samuel Champagne, Sophie Labelle et Pascale Cormier. Mathieu Gervais animait la discussion. Mais avant de commencer, voici un petit lexique:

Les termes utilisés pour décrire une personne et son identité de genre ne sont pas coulés dans le béton. Ils sont multiples et leurs définitions sont flexibles. Je vais quand même tenter de vous en donner une idée… si je froisse quelqu’un au passage, je m’en excuse et je vous invite à expliquer votre point de vue dans un commentaire afin que mes lecteurs et moi puissions en profiter.

Mésassignation de genre : Situation dans laquelle une personne est identifiée à la naissance comme appartenant au genre féminin ou masculin, mais découvre plus tard qu’en réalité elle se considère comme appartenant à l’autre genre. Exemple: un bébé est considéré comme un garçon en fonction de ses organes génitaux. Ce bébé devient un enfant qui découvre qu’il se considère en réalité comme une fille. Il y a mésassignation de genre.

Personne sisgenre : Situation dans laquelle une personne est identifiée à la naissance comme appartenant au genre féminin ou masculin et continue en grandissant à se considérer comme appartenant à ce genre. Exemple: un bébé est considéré comme un garçon en fonction de ses organes génitaux. Ce bébé devient un enfant qui se considère comme un garçon.

Personne transgenre : Personne se retrouvant dans une situation de mésassignation de genre.

Personne transsexuelle : Personne transgenre ayant fait modifier chirurgicalement ses parties génitales pour correspondre au genre auquel elle s’identifie.

Trans-identité : Le fait d’être dans une situation de mésassignation de genre. Le terme « trans-identité » est proposé par certains comme alternative aux termes « trangendérisme » et « transsexualité ». En effet, la mésassignation de genre n’est pas centrée sur la sexualité comme pourrait le suggérer le terme « transsexualité ». Malheureusement, le terme « trans-identité » a également ses défauts. Certains pourraient être induits dans l’erreur et penser qu’il y a une identité « trans » comme il y a une identité féminine ou masculine, alors qu’une personne en situation de mésassignation de genre se considère normalement soit comme une femme, soit comme un homme.

Trans : terme plus générique pouvant être utilisé comme nom ou comme adjectif, « trans » met l’action sur le passage qui se fait entre deux identités de genre. En effet, une personne trans est d’abord considérée par la société comme appartenant à un genre, puis à l’autre.

Désolée de ce début d’article plutôt lourd, mais j’avais peur d’induire mes lecteurs en erreur si j’utilisais ces termes sans expliquer ce qu’ils signifient pour moi ou visitaient les liens sans explications. Retour à mon compte-rendu de la soirée :

Peu d’écrivains peuvent se vanter d’avoir fait scandale avec un livre à colorier pour enfants. C’Labelleetmoiest pourtant le cas de Sophie Labelle (à mes côtés ci-contre). Elle écrit des livres pour enfants dans lesquels elle met en scène des personnages transgenres. Elle considère comme important d’inclure de tels personnages dans ses histoires, car les enfants trans manquent souvent de modèles et peuvent avoir de la difficulté à exprimer ce qu’ils ressentent. Mathieu Gervais, l’animateur de la soirée, approuve. Il affirme qu’il aurait aimé avoir accès à de tels livres dans son enfance pour les amener à ses parents et leur dire « C’est comme ça que je me sens. »

MalCamilleetCormierheureusement, les générations précédentes n’ont pas eu la chance d’entendre parler de la mésassignation de genre dans leur jeune âge. Pascale Cormier (ci-contre en compagnie de Camille, bénévole) a été élevée comme un garçon sans savoir qu’il était possible de s’identifier à un genre différent que celui choisi que les médecins nous ont attribué à la naissance selon nos organes génitaux. La société ayant tendance à lui dire « fais un homme de toi », Cormier s’est tournée vers la poésie. « J’ai voulu, à défaut d’être femme, être poète, » dit-t-elle, expliquant que souvent les hommes ne sentent pas le droit d’être sensibles, sauf quand ils sont poètes. Ce n’est qu’à cinquante ans qu’elle a entamé sa transition. Elle a conservé sa passion pour la poésie, publiant en juin dernier le recueil La fille prodigue, dont vous pouvez gratuitement lire quelques pages. Fascinée dès son enfance par le conte de Cendrillon (elle rêvait d’être transformée en princesse), elle a également publié un conte, Cendrier. Elle considère qu’il est important de parler de la mésassignation de genre pour dire à tous que les personnes trans ne sont pas des « martiens » ni des « bibites rares ».

Il n’existe en effet pas énormément de littérature trans en français, et c’est probablement pour ceTessierLadouceurtte raison que des auteurs comme Robert Tessier (ci-contre) sentent le besoin d’écrire des textes qui, même s’il s’agit de romans, sont très informatifs. Robert Tessier est le nom officiel et le nom d’auteure de Carolane Ladouceur, qui explique que même après sa transition, son nom de naissance demeure « une partie [d’elle] ». Ayant publié de nombreux textes universitaires sous le nom de Robert Tessier, elle a choisi de continuer à publier sous ce nom comme romancière. « [Robert Tessier], c’est mon frère jumeau, » dit-elle. Elle considère que conserver son nom officiel ne lui enlève rien en temps que femme et que la publication de ses livres est une façon pour elle d’« accoucher ».

Fier reprChampagneésentant de la gent masculine, Samuel Champagne (ci-contre) présente son roman Garçon manqué, à la lecture duquel Denis-Martin Chabot et Mathieu Gervais avouent avoir pleuré. L’ouvrage raconte l’histoire d’Éloi, né Éloïse, un adolescent trans et homosexuel. « J’ai passé plusieurs années à me dire “ Je ne peux pas être trans parce que je suis attiré(e) par les hommes, ”» confie Samuel Champagne, qui cherche à apporter aux adolescents un exemple d’homme trans homosexuel. Pour plus de réalisme, il lui arrive même de « jouer » tout seul les scènes de ce qu’il écrit. Il annonce d’ailleurs qu’il y aura une suite à Garçon manqué.

Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que les transgenres jouissent de la visibilité médiGervaisatique qu’ils méritent. Sophie Souligne qu’au cinéma, par exemple, les acteurs sisgenres peuvent jouer des personnages transgenres mais que les acteurs transgenres ne se font jamais proposer des rôles de sisgenres, ce qui limite beaucoup leurs possibilités. C’est grâce à des soirées comme celle-ci qu’on peut en parler, mais aussi grâce à des gens comme Sophie Labelle, Pascale Cormier, Carolane Ladouceur, Samuel Champagne et l’animateur Mathieu Gervais (ci-contre) et à des initiatives comme Fierté littéraire ou encore le club de lecture pour la jeunesse des Bélugas en tutu.

29 août 2014: J’ai récemment fait la lecture de deux des œuvres présentées lors de cette soirée et je vous invite à lire mes articles à ce sujet : Cendrier, conte satirique (Cendrier de Pascale Cormier) et Qui a dit qu’un gars avec un vagin était anormal? (Garçon manqué de Samuel Champagne).

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Entre les couvertures

Entre les couvertureChabots : la place de l’érotisme dans l’écriture LGBT, tel était le titre de la table ronde qui s’est tenue ce soir au bar Le Cocktail, bien qu’il était surtout question du L et du G (l’écriture lesbienne et gaie). La soirée, organisée par Denis-Martin Chabot (ci-contre), avec l’aide, bien sûr, des bénévoles de Fierté Montréal, a été un succès. Plus de cinquante personnes ont assisté à la discussion que François-Alexandre Bergeron animait entre les auteurs Denis-Martin Chabot, Simon Boulerice,  Jamie Leigh, Chantal Morin et Mathieu Leroux.

Denis-Martin Chabot, écrivain et journaliste, croit fermement à la place de l’érotisme et du sexe explicite dans la littérature homosexuelle. Il explique qu’il veut montrer ce qui différencie les gais des hétéros, et qu’il faut en être fier. Tout a sa place en littérature, des textes très portés sur les sentiments de Chantal Morin aux passages très crus du roman Dans la cage de Mathieu Leroux, dans lesquels la tendresse est refoulée, presque absente.

Pour Simon Boulerice (à mes côtés ci-contre), romancier, dramaturge et comédien,Boulericeetmoi il est important de ne pas se censurer. Son roman Les Jérémiades met en scène un enfant de neuf ans qui découvre la sexualité avec un adolescent de quinze ans. Boulerice déclare ne pas avoir peur d’être très cru dans son écriture. Il ne voit pas de problème à ce que des adolescents lisent ses textes. Il souligne que les adolescents ont déjà des expériences semblables à ce qui est décrit dans ses œuvres. Personnellement, Simon Boulerice n’a pas eu de relations sexuelles à un aussi jeune âge que son personnage, mais il fantasmait déjà.

Jamie Leigh, qui a écrit plusieurs romans lesbiens en collaboration avec Kyrian Malone, ajoute que l’écriture permet de « réaliser [ses] fantasmes sans les réaliser », de manière à assouvir ses pulsions, mais seulement de manière temporaire. Leigh et Malone sont en couple depuis onze ans et écrivent ensemble depuis huit ans. Malgré quelques conflits d’écriture (chacune « défend son personnage », confie Leigh), les deux femmes ont de la facilité à écrire ensemble. Selon Leigh, deux écrivaines, c’est deux fois plus d’idées et de productivité.

BergeronLeighFrançois-Alexandre Bergeron (ci-contre en compagnie de Jamie Leigh), romancier lui aussi, bien préparé à la discussion, fait des rapprochements entre les œuvres des différents auteurs. Il remarque que dans plusieurs textes, le sexe et la mort sont intimement liés. On songe à la série Serial Killer de Malone et Leigh, bien sûr, mais aussi au roman Dans la cage, dont l’auteur, Mathieu Leroux, rappelle que le SIDA est à la rencontre de la mort et du sexe. Quand à Denis-Martin Chabot, il préfère écrire au sujet de la peur de mourir que de la mort elle-même. Interrogé au sujet de son univers littéraire souvent noir et mettant en scène la perte de l’innocence, Chabot songe aux scènes horribles auxquelles il a assisté en tant que journaliste en Afghanistan. Questionné au sujet de la violence, Mathieu Leroux explique que le personnage de Dans la cage l’utilise pour se sentir vivant, pour se convaincre qu’il est en contrôle, peut-être aussi pour ressentir quelque chose, tout simplement. Même si leurs textes se rejoignent au niveau de l’homosexualité, les participants à la discussion s’abreuvent à différentes fontaines d’inspiration.

Chantal Morin (ci-contre) , écrivaine mais aussi éditrice, explique que l’idée d’une nouvelle lui vient Morinsouvent de « deux minutes de [sa] vie ». Quand à Jamie Leigh, elle raconte qu’une idée peut naître d’une personne croisée dans la rue, d’une conversation au travail, d’un article de journal… de tout, quoi! Mathieu Leroux affirme que sa famille est une source d’inspiration particulièrement riche. Simon Boulerice admet que lui aussi s’inspire de sa famille. Il ajoute : « Je vampirise beaucoup ma mère. » La sphère intime est importante pour lui (il a d’ailleurs déjà écrit de l’autofiction), mais il lui arrive souvent de s’abreuver à la rubrique insolite des journaux. Il aime ce qui est différent, atypique. Boulerice s’intéresse aussi beaucoup au thème de l’échec. D’après lui, l’échec révèle l’être humain. Finalement, Denis-Martin Côté explique qu’il se sert souvent des informations non utilisées dans ses reportages comme d’une banque d’idées.

MathiLerouxeu Leroux, écrivain, comédien et marionnettiste a bien raison de sourire sur la photo ci-contre : la soirée s’est très bien déroulée, et ce n’est pas fini. L’estrade et les moyens techniques gracieusement mis à la disposition de Fierté littéraire par le bar Le Cocktail s’animeront de nouveau demain soir à dix-neuf heures pour accueillir une nouvelle table ronde, cette fois au sujet de la transsexualité dans la littérature. Lire la suite

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