
France Boisvert
Le 23 octobre dernier, l’enseignante, écrivaine et animatrice de radio France Boisvert a permis aux personnes réunies au sous-sol de la librairie Paulines de découvrir ou de se remémorer le chemin de Compostelle. En effet, du 15 mars au 10 mai 2007, Mme Boivert a marché plus de 1 500 kilomètres sur le célèbre chemin, et elle vient de publier un témoignage poétique de son expérience : Vers Compostelle.
La première partie de la soirée était une causerie animée par, Mathieu Lavigne, animateur, comme France Boisvert, à Radio Ville-Marie. Ensuite, Mme Boisvert a fait la lecture de quelques extraits de son livre, puis elle a présenté ses photos de voyage de Compostelle.
C’est en 2004 que l’aventure a débuté pour l’écrivaine. Elle s’est rendue au Monastery of the Immaculate Heart of Mary (textuellement le « Monastère du cœur immaculé de Marie », à Westfield, au Vermont, pour célébrer les 50 ans de vie religieuse de sa tante Marthe, fondatrice de ce monastère. Remplie d’admiration pour sa tante, France Boisvert lui a rendu visite plusieurs fois, discutant de choses et d’autres. Un jour, en novembre 2006, comme elle mentionnait son intérêt pour Compostelle, sa tante lui a fait promettre de faire le pèlerinage. Le soir même, la sœur bénédictine est décédée.

France Boisvert et Mathieu Lavigne
Afin de remplir sa promesse, France Boisvert a pris congé de son travail et s’est entraînée à la marche, puis elle est partie pour la France. C’est dans le Sud du pays que l’écrivaine a entamé sa marche. L’architecture médiévale du paysage construit lui a donné l’impression d’avoir voyagé dans le temps. Ses photographies de voyages montrent des maisons, des ponts et des chapelles de pierre. « Tout est présent, intact. On dirait que rien n’a changé, » souligne l’écrivaine. Parfois, une centrale nucléaire à l’horizon ou des gens rencontrés dans un bistro l’ont ramenée au présent, mais il lui suffisait souvent d’entrer dans une chapelle pour retourner au Moyen Âge. En France, beaucoup des chapelles laissent leurs portes ouvertes, permettant aux pèlerins de venir admirer vitraux, bas-reliefs, sculptures et autres œuvres d’art, toutes chargées de signification. France Boisvert rappelle que plusieurs de ces chapelles datent d’une époque où la majorité de la population était analphabète, d’où l’importance des arts visuels dans la transmission du message religieux. Elle raconte qu’en France du Sud, « les villageois de chaque ville […] s’occupent de leur église » pour préserver leur patrimoine, qu’ils soient religieux ou non. Les lieux de culte sont donc bien entretenus.
Certains prêtres prennent le temps d’expliquer aux pèlerins les origines et la signification des particularités de leurs chapelles et abbayes, qu’il s’agisse d’un tympan de porte représentant le jugement dernier ou d’un escalier très étroit permettant de se réfugier en cas d’attaque (l’armure des chevaliers étant trop large pour y passer).
Toutefois, le voyage n’est pas que touristique. C’est un trajet éprouvant physiquement, une expérience qui plonge les pèlerins dans un état particulier. « Faites pas ça. […] C’est un acte de folie, » avertit France Boisvert. Pour mieux faire ressentir son état de marcheuse à ses lecteurs, elle a attendu longtemps de trouver son angle d’écriture. Elle voulait prendre le temps de comprendre son expérience pour mieux la transmettre. Une seule phrase de Vers Compostelle a été composée pendant le trajet : « Chacun porte le poids de sa propre vie. » Le reste est venu bien plus tard.

France Boisvert
En 2012, Mme Boisvert a publié dans son recueil Un vernis de culture une nouvelle au sujet de Compostelle, mais ce n’est qu’en avril 2013 qu’elle a écrit le poème qui est devenu le livre Vers Compostelle. Chose peu commune, l’ouvrage est écrit à la deuxième personne du singulier. L’auteure explique que son trajet l’a plongée dans un « état de dialogue avec [elle]-même ». « C’est comme si je me voyais, » affirme-t-elle. Mais ce dialogue, était-ce seulement avec elle-même qu’elle l’entretenait? Ce « tu » pourrait-il aussi être sa tante Marthe, ou même Dieu? Elle pose cette question sans y apporter de réponse, soulignant que c’est surtout après son voyage qu’elle a réfléchi à l’identité de ce « tu ».
Les talents de conteuse de France Boisvert sont manifestes lorsque qu’elle lit à l’assistance des extraits de son long poème narratif, mais aussi lorsqu’elle commente ses photographies avec un brin d’humour. « Les Français, c’est génial, dit-elle. Les Français, ça s’engueule tout le long. Moi, j’ai adoré ça marcher en France. » Sur le chemin de Compostelle, elle a marché avec plusieurs personnes différentes. Ainsi, elle a cotoyé un parisien qui passait des heures sur son téléphone Blackberry, persuadé que les placements financiers faits en marchant Compostelle lui apporteraient plus d’argent, un groupe de marseillais équipés de trois voitures bleues remplies de bon vin et de pâtisseries, une portugaise, avec qui elle a cherché dans le brouillard la porte d’un monastère et même une marcheuse aux boucles d’oreilles en or massif, laquelle arrivait mystérieusement
au prochain gîte avant tout le monde après être partie la dernière au matin… mystère résolu lorsqu’elle a été aperçue montant dans un taxi!
France Boisvert a toujours été sensible à la mise en scène de soi et à la façon dont les gens ressentent le besoin de donner une image idéalisée d’eux-mêmes. Elle a été surprise de constater que sur le chemin de Compostelle, les gens ont encore plus tendance à se mettre en scène. Certaines personnes « font Compostelle pour se donner une prestance, » affirme-t-elle.
Partie seule, Mme Boisvert a aussi parcouru de grandes parties du chemin sans être accompagnée. À force d’être seule et en manque de références, elle a entreprit une forme de voyage dans son imaginaire et sa mémoire parallèlement à son déplacement géographique. Partie athée, elle affirme être revenue de Compostelle agnostique. Son expérience, dit-elle, lui a permis de renouer avec la chrétienté des premiers temps en visitant des édifices datant d’avant le schisme entre catholicisme et protestantisme. Pendant ses deux mois de marche, elle a vécu d’une manière complètement différente de l’habitude et s’est mise à penser différemment, sans nécessairement mettre des mots sur ce qu’elle ressentait avant de s’atteler à l’écriture Vers Compostelle, plusieurs années plus tard.
Je suis revenue au monde
Sans en comprendre l’usage
(dernière strophe du poème central de Vers Compostelle)
En présentant ses photographies de voyage, France Boisvert en profite pour faire revivre ses souvenirs du Sud de la France, des douleurs associées à l’activité physique soutenue aux impressionnantes montagnes en passant par la vierge noire de Rocamadour et les platanes longeant les routes. Au fil des photographies, elle entraîne l’assistance dans la dangereuse ascension des Pyrénées. Elle rapporte que quelques randonneurs y étaient morts lors d’une tempête, quelques jours à peine avant son passage.
Après la traversée des Pyrénées, le chemin se poursuit en Espagne. L’architecture y est différentes, l’intérieur des chapelles aussi. Souvent verrouillés, ces lieux de culte abritent souvent de majestueux autels derrière lesquels on peut admirer de prodigieux retables dorés et de très anciennes tapisseries. Entre les villages, le chemin traverse des forêts qui semblent enchantées. « J’appelle ça des forêts de Brocéliande, » dit Mme Boisvert.
Enfin, l’écrivaine présente ses photographies de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, l’aboutissement du voyage. Arrivée à destination en compagnie d’un luthérien, elle a passé avec lui deux jours à assister à des messes. Elle explique qu’après des heures à marcher, souvent dans le silence, la musique a un puissant effet. C’est aussi à la cathédrale qu’elle a pu
retrouver les autres marcheurs avec qui elle avait partagé différents moments de son pèlerinage.
La plupart d’entre nous ne marcherons jamais jusqu’à Compostelle, mais nous pouvons accéder à une parcelle de cette expérience grâce au poème narratif Vers Compostelle, de France Boisvert. Je vous laisse sur cette phrase que l’écrivaine a lue sur un mur pendant son aventure : « Fais ce que tu voudras avoir fait quand tu mourras. »
Oculus: Chapter 3 – The Man with the Plan
Le court métrage Oculus : Chapter 3 – The Man with The Plan met en scène Tim Russel, un homme déterminé à prouver l’existence des pouvoirs maléfiques d’un miroir ancien ainsi que l’implication de l’objet dans une série de morts suspectes. Au début du film, il explique comment il a installé trois caméras différentes ayant chacune sa propre source d’alimentation, afin de documenter son expérience. Il montre qu’il a deux téléphones en disant qu’un ami lui téléphonera aux heures. Il explique aussi qu’il utilise un réveille-matin pour se souvenir de manger.
Les trente-deux minutes du film ont donc lieu dans une petite pièce fermée. Pour garder l’intérêt du spectateur ou de la spectatrice, tout est laissé au montage et à l’expressivité de l’acteur. La descente du personnage de Tim Russel dans la folie semble un peu précipitée mais demeure magnifiquement interprétée du début à la fin. La progression de cette descente dans la folie passe par plusieurs phases. Au début, Russel narre ce qu’il considère être le passé criminel du miroir : une mort par déshydratation dans une baignoire pourtant remplie d’eau, l’extrême automutilation d’une jeune femme dont une seule partie du corps est restée intacte : le bras dont elle se servait pour tenir le marteau avec lequel
elle a fracassé les os de ses pieds, puis de ses jambes, puis de son autre bras avant de s’attaquer à son crâne… Russel devient de plus en plus excité dans sa narration, il écarquille les yeux et monte le ton. Il révèle quelques informations au sujet de sa famille, dont il s’explique le sordide passé par la présence du miroir. Il amène une plante dans la pièce pour observer l’influence du miroir sur elle. L’appel téléphonique de son ami, une heure après le début de l’expérience, le surprend et permet de constater qu’il commence déjà à perdre la notion du temps.
Le miroir est traité comme un personnage. Ainsi, on en voit souvent des plans ne montrant ni Tim Russel ni ce qui est dans son champ de vision, comme si le miroir devenait temporairement le personnage focal du film, celui qu’on montre ou dont on montre le regard.
Plus le film avance, plus Tim Russel révèle de nouvelles informations concernant sa famille, se souvenant des agissements étranges de son père et du destin inexpliqué de son chien. En même temps, il commence à s’oublier, à rire tout seul, à parler trop fort, à s’adresser au miroir comme à un adversaire qui le narguerait et même à parler comme un enfant. Ayant introduit un chien vivant dans la pièce pour observer l’influence du miroir sur lui, il se prend à l’appeler par le nom du chien de son enfance, il crie, il cesse de changer les cassettes vidéo de ses caméras…
Oculus : Chapter 3 – The Man with The Plan est considéré comme un film d’horreur, aussi ai-je été surprise de ne pas ressentir quelque peur que ce soit pendant le visionnement. L’intérêt du film ne réside donc pas dans une sensation de peur, mais dans le drame psychologique de la progression de la folie de Tim Russel. C’est un film court, simple et bien réalisé que je vous invite à visionner dès que vous aurez trente-deux minutes à y consacrer.
Je devrais bientôt avoir la chance de voir Oculus, le film de 2013 basé sur la même histoire, et j’ai l’intention de vous faire part de mes commentaires dans un prochain article. En attendant, vous pouvez regarder Oculus : Chapter 3 – The Man with The Plan et partager votre opinion du film dans les commentaires!
2 novembre 2014 : Je viens de publier mon article sur le long-métrage. Cliquez ici pour le lire.