Fate/Stay Night : Fate (Realta Nua) partie 2

Fate_TitleCeci est la seconde partie d’un article portant sur la route Fate du visual novel japonais Fate/stay night. Cliquez ici pour lire la première partie. Hier soir, donc, j’ai repris ma lecture de Fate/stay night (dont je n’ai toujours pas tout à fait compris le sens du titre, d’ailleurs). Après le combat, on a droit à encore plus d’explications sur la Guerre du Graal. On apprend que c’est la cinquième fois que sept mages s’affrontent pour cet objet magique, lequel permet à quiconque le remporte de réaliser un vœu. Les Guerres du Graal sont régies par des règles très précises. D’abord, elles doivent doit être tenues secrètes. Pour ce faire, les mages doivent s’assurer que personne n’est témoin de leurs affrontements. Si malgré leurs précautions un non-initié aperçoit un combat de mages, il doit être éliminé. Fate_AllClassesOn en apprend aussi un peu plus sur le système de classes. En effet, lors de la Guerre du Graal, la puissance du Graal permet aux mages d’invoquer chacun un Esprit Héroïque du passé, qu’il s’agisse d’un personnage réel ou fictif (comme un combattant du Moyen Âge ou une figure de la mythologie gréco-romaine). Chaque Esprit Héroïque invoqué pour la Guerre du Graal est associé à une classe de combattant : Saber (chevalier de l’épée), Lancer (chevalier de la lance), Archer (chevalier de l’arc), Rider (soldat monté), Caster (mage), Assassin (tueur silencieux) ou Berserker (guerrier fou). Pendant une même Guerre du Graal, un seul Esprit Héroïque peut être invoqué par classe, chaque classe donnant accès à des pouvoirs différents. Fate_TrueNameEn plus de leurs pouvoirs de classe, les Servants disposent chacun d’un Noble Phantasm (ou Artefact) : il s’agit d’un objet ou d’un pouvoir spécial d’une grande puissance. Le Noble Phantasm d’un Servant est directement lié à la légende qui entoure ce dernier, et pour l’activer, le Servant doit utiliser son « vrai nom ». L’idée qu’un nom puisse avoir une grande influence sur le monde surnaturel est présente dans la mythologie et les contes depuis fort longtemps. On peut songer, par exemple, aux juifs très religieux qui préfèrent utiliser des appelations indirectes comme Hashem (« Son nom ») ou Hadavar (« la parole ») pour faire référence à Dieu en dehors d’un contexte de prière. On peut aussi penser aux contes dans lesquels connaître le nom de quelqu’un permet d’avoir une influence magique sur cette personne, comme dans Rumpelstiltskin. De nombreuses œuvres plus récentes font référence à cette idée. Par exemple, dans la Trilogie de Bartiméus, de Jonathan Stroud, les magiciens contrôlent les créatures magiques qu’ils invoquent seulement dans la mesure où ces créatures ne connaissent pas leur nom. Pour cette raison, les magiciens adoptent, dès l’adolescence, des pseudonymes.

The name is the thing, and the true name is the true thing. To speak the name is to control the thing. — Ursula K. Le Guin, The Rule of Names Traduction : Le nom est la chose, et le vrai nom est la vraie chose. Dire le nom, c’est contrôler la chose.

Archer_tableau Les références à différentes mythologies et légendes sont nombreuses dans Fate/stay night, qu’il s’agisse du Graal, du pouvoir des noms ou de l’identité des Esprits Héroïques. C’est une des choses que j’adore de Fate/stay night, d’autant plus que cela permet de s’amuser à essayer de deviner l’identité des différents Esprits Héroïques, puis à confirmer ou à infirmer nos hypothèses lorsque l’on obtient plus d’informations à leur sujet. Quant à l’écriture, il s’agit d’une traduction du japonais. Le texte est facile à comprendre et je ne remarque pas de fautes d’orthographe, mais la ponctuation est un peu bizarre. Exemple : « Certaines phrases. Sont découpées de cette façon. »

Fate_ConfigMenu

Une page du menu

Quant aux dessins, plusieurs sont superbes, et le menu permet, en deux clics, ne n’afficher que l’image pour mieux l’admirer. Je tiens d’ailleurs à mentionner que le menu de Fate/stay night est très bien fait. On y a accès à de nombreuses options, comme la lecture automatique (qui peut être arrêtée à tout moment, simplement en cliquant), la possibilité de sauter des scènes, etc. Il est également possible de sauvegarder à différentes étapes de la progression dans l’histoire. On peut ainsi sauvegarder avant chaque choix, puis revenir plus tard pour découvrir quelle aurait été l’histoire si l’on avait choisi différement. Vers la fin du prologue, Shirô est témoin d’un affrontement entre Archer et Lancer. Ignorant à ce moment que Shirô est un mage, Lancer transperce Shirô de sa lance pour le tuer à cause de la règle selon laquelle il faut éliminer les témoins de la Guerre du Graal. Malgré cette règle, Rin sauve la vie de Shirô. À ce moment, ses sentiments envers le jeune homme sont manifestes. Avant de le sauver, elle songe aussi à combien Sakura se désolerait de la mort de Shirô. La compassion de Rin pour Shirô, dont elle s’étonne d’ailleurs, a quelque chose de précipité dans l’histoire et d’enfantin de la part de la jeune mage. Fate_ExtraMenuLe prologue terminé, on a droit à une vidéo qui ressemble un peu à une bande-annonce, puis on obtient un accès complet aux différents menus du visual novel. On a accès au prologue, si l’on désire y retourner, mais aussi à une galerie d’images et de bandes sonores ainsi qu’à une liste des fins obtenues (vide pour l’instant). En effet, selon les choix que l’on fait au courant de l’histoire, celle-ci peut se terminer de plusieurs façons différentes. De retour à l’histoire, on suit maintenant Shirô plutôt que Rin, et on en apprend un peu plus sur l’enfance du jeune homme et sur sa relation avec son père adoptif, Emiya Kiritsugu. La série animée Fate/Stay Night : Unlimited Blade Works, que j’ai visionnée, n’élaborait pas suffisamment à mon goût le sujet de cette relation, aussi c’est un plaisir pour moi de lire ce passage.

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Écran indiquant la date, le 31 janvier

L’histoire revient ensuite au temps présent. La date indique que l’on est revenu au matin où l’on avait suivi Tohsaka Rin, à l’avance à l’école à cause d’horloges décalées. Shirô est réveillé par Matô Sakura, une amie à lui qui est en première année de lycée. Le lecteur se retrouve en face du tout premier choix de l’histoire : Shirô peut aider Sakura à préparer le déjeuner ou terminer sa routine matinale. J’ai choisi qu’il aille à la cuisine pour aider Sakura. Fate_HouseholdHeadÀ la cuisine, Shirô constate que son amie a terminé de préparer le déjeuner. Il l’exhorte donc à s’asseoir pendant qu’il met la table, ce à quoi la jeune fille répond : « That won’t do. You’re head of this household, so you should just sit contentedly in the mornings. » Ces mots pourraient être traduits ainsi : « Cela ne fera point. Tu es le maître de maison, alors tu devrais juste t’asseoir avec contentement le matin. » Cette réplique, qui paraîtrait absurde de la part de la majorité des gens, correspond néanmoins à la mentalité du personnage de Sakura. Fate_SakurasSightOn apprend aussi que Sakura vient déjeuner tous les matins chez Shirô depuis un an et demi. Elle fait d’ailleurs allusion au fait qu’elle l’aime bien. De son côté, Shirô mentionne dans la narration son attirance envers la jeune femme. Cela me semble le moment opportun pour signaler que Fate/stay night est un eroge, soit une œuvre érotique explicite. Autrement dit, Sakura et Shirô vont vraisemblablement coucher ensemble d’ici la fin de cette histoire (que ce soit dans cette route ou dans une autre). Je m’interromps un moment dans l’écriture de cet article pour prendre le temps de réaliser que j’écrit au sujet des eroges que je lis… sur un blogue que ma mère lit. Fate_DesireforSakuraEnfin! revenons au déjeuner de Sakura et Shirô. Ils sont en compagnie de Fujimura Taiga. Enseignante au lycée de la ville de Fuyuki, Fujimura est devenue la tutrice de Shirô au décès d’Emiya Kiritsugu. Shirô est donc entouré de femmes, chose très fréquente dans Fate/stay night, mais aussi dans plusieurs autres œuvres de fiction japonaises. On appelle parfois cela le « genre harem ». Autre élément souvent présent dans les œuvres japonaises : l’importance accordée à la nourriture. En effet, plusieurs pages de texte portent sur la cuisine et les repas. Après avoir déjeuné, Sakura et Shirô font la vaisselle en regardant la télévision. Ils apprennent qu’un accident a fait plusieurs morts dans une ville voisine. La tragédie est attribuée à une fuite de gaz. Si je me fie à Fate_MagicCirclemon expérience, dans la fiction, quand les autorités affirment qu’il y a eu une fuite de gaz, ce n’est jamais une fuite de gaz. Un portail vers l’enfer peut avoir été ouvert, un vampire peut avoir massacré la population, des fantômes peuvent être en train d’invoquer le diable, mais une chose est presque sûre : il ne s’agit pas d’une fuite de gaz. C’est sur ce joyeux présage que je vous laisse, chers lecteurs. À bientôt!

4 avril 2015 : La troisième partie de cet article est maintenant disponible. Cliquez ici pour la lire.

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Calendrier littéraire montréalais : février 2015

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Jacques Lacoursière au Salon du Livre de Montréal 2014

Voici un petit calendrier des événements littéraires pour adultes gratuits ou à contribution volontaire qui auront lieu à Montréal au mois de février. N’oubliez pas de visiter cette page souvent pour vous tenir au courant des événements au fur et à mesure qu’ils sont annoncés.

Dimanche 1er février : Dany Boudreault et Magalie Lépine-Blondeau autour de « Un tramway nommé Désir »

Lundi 2 février : Atelier : Initiation à l’oralité

Mardi 3 février : Soeurs volées, enquête sur un féminicide au Canada ; Contes coquins ; Rencontre littéraire avec Francis Catalano

Mercredi 4 février : Esprit d’hiver ; Rencontre d’auteure : Mary Soderstrom

Jeudi 5 février : La bibliothèque de… Laure Waridel ; Table ronde : La littérature québécoise qu’ossa donne? ; Lancement : Demoiselles-cactus ; Causerie autour d’Aimé Césaire et d’Édouard Glissant

Vendredi 6 février : Voyage au cœur de l’Afrique du Sud ; Violoncelle et micro ouvert

Samedi 7 février : Les contes nature ; 3e anniversaire de Poème sale ; Voyage littéraire et photographique dans le Montréal de Réjean Ducharme ; Quelques idées reçues sur la langue (au Québec)

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Claudia Larochelle et Mylène Paquette lors d’une causerie en novembre 2014

Mardi 10 février : Les Québécois ne veulent plus draguer : pourquoi? ; La traduction littéraire ; Club de lecture : Milan Kundera

Jeudi 12 février : Territoires de tous les mondes

Mardi 17 février : Rendez-vous littéraire avec Aki Shimazaki

Mercredi 18 février : Visite guidée : L’Univers de Michel Tremblay ; Fragments des littératures noires au cours de l’histoire ; Je voudrais vous parler d’amour et de sexe

Jeudi 19 février : Les écrivains et l’opéra

Mardi 24 février : Club de lecture ; Scrabble en duplicate ; Écrire est aussi un jeu

Jeudi 26 février : Marie-Thérèse Fortin explore l’œuvre de Françoise Loranger

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Fate/Stay Night : Fate (Realta Nua) partie 1

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Emiya Shirô et l’Esprit Héroïque Saber

Fate/stay night est un visual novel japonais publié par TYPE-MOON en 2004, puis adapté sous forme de manga, de films d’animation, de séries télévisées d’animation, de romans et de jeux vidéo. On y suit les aventures de Shirô, un jeune homme qui, après avoir perdu sa famille dans un incendie, a été adopté par un mage, Emiya Kiritsugu, qui lui a enseigné quelques notions de magie. Suite à la mort de son père adoptif, Shirô a continué, avec un succès relatif, à s’exercer en secret à la magie. Un  jour, en s’exerçant, il invoque un puissant Esprit Héroïque, Saber, et se retrouve malgré lui impliqué dans une guerre de mages.

Les choix que Shirô prend au cours de son aventure influencent le cours de la guerre et aboutissent à différents dénouements. Fate/stay night se divise en trois grands univers possibles, ou trois routes : FateUnlimited Blade Words et Heaven’s Feel. Il est Fate019à noter que l’on doit compléter la lecture de Fate pour accéder à Unlimited Blade Works, puis compléter la lecture d’Unlimited Blade Works pour accéder à Heaven’s Feel.

Dans cet article, je m’intéresserai plus particulièrement à la route Fate du visual novel. C’est la première route à laquelle on a accès, aussi contient-elle un grand nombre de scènes d’exposition. Alors que de nombreux éléments narratifs ne sont pas expliqués, la majorité du texte sert à apporter des explications sur le contexte de l’histoire. On a ainsi droit à une visite de la ville, une présentation des élèves et des enseignants du lycée où étudie Shirô et à une multitude d’informations sur la magie et la Guerre du Graal. Le personnage focal du début de l’histoire n’est pas Emiya Shirô, mais Tohsaka Rin, Fate026une jeune mage qui étudie au même lycée que lui. Elle s’adresse directement au lecteur pour partager ses connaissances concernant la magie.

Si les dessins sont superbes, les boucles musicales sont souvent trop courtes (environ 15 secondes), mais au moins on change régulièrement de scène.

Quant à l’interface, elle est très simple et permet d’avancer aussi vite qu’on le désire ou bien de revenir en arrière facilement au moyen de la souris ou des flèches du clavier. Ainsi, si l’on veut explorer toutes les possibilités en faisant des différents choix, Fate006on ne perd pas de temps à relire ce qu’on connaît déjà.

Au niveau des personnages, on remarque souvent un décalage entre une attitude enfantine et un vocabulaire adultes. Je songe, entre autres, à une scène où trois lycéennes préfèrent dîner dans un local de classe qu’à la cafétéria. Leur attitude et leurs interactions dans cette scène donnent l’impression qu’elles ont douze ans, mais l’une d’entre elles dit : « if we did sit with Tohsaka, the men’s glares would be annoying as hell », ce que l’on pourrait traduire par « si l’on s’asseyait avec Tohsaka, les regards des hommes seraient particulièrement agaçants. » Cette réflexion inscrit le personnage dans une pensée plus adulte, d’autant plus qu’elle utilise un Fate010équivalent du mot « hommes » plutôt qu’un mot comme « garçons » pour désigner des étudiants de son âge.

Quant à l’histoire, après une courte scène avec Shirô et un aperçu de l’enfance de Tohsaka Rin, elle suit Rin de manière assez linéaire, ne laissant d’ailleurs aucun choix au lecteur pendant assez longtemps. Cela commençait à m’ennuyer quant l’Esprit Héroïque Lancer est entré en scène. Il suffisait d’un peu d’action pour me replonger dans l’histoire, même si je n’ai toujours aucune influence sur les événements.

Fate008Je poursuis ma lecture de Fate/stay night et je vous reviendrai bientôt avec la seconde partie de cet article. En attendant, n’hésitez pas à partager votre opinion sur le visual novel et ses différentes adaptations dans les commentaires!

20 janvier 2015 : La seconde partie de cet article est maintenant disponible. Cliquez ici pour en faire la lecture.

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Calendrier littéraire montréalais : janvier 2015

DanielleSheltonLisant

Danielle Shelton lors d’une soirée au Café de Da en novembre 2014

Voici un petit calendrier des événements littéraires pour adultes gratuits ou à contribution volontaire qui auront lieu à Montréal au mois de janvier. N’oubliez pas de visiter cette page souvent pour vous tenir au courant des événements au fur et à mesure qu’ils sont annoncés.

Mardi 13 janvier : Club de lecture : Annie Saumont

Mercredi 14 janvier : Les mots partagés : Première rencontre

Jeudi 15 janvier : Partage des mémoires

MichelTremblay

Michel Tremblay en pleine scéance de dédicaces après une causerie littéraire, le 19 novembre 2014

Dimanche 18 janvier : Premiers émois

Mercredi 21 janvier : Dévoilement des finalistes du Prix des libraires du Québec ; Lancement du 3e numéro du Magazine Muses

Jeudi 22 janvier : La Collection nationale, parcours et étonnement ; Lumières d’Afrique ; Lancement : L’attentat

Vendredi 23 janvier : Littérature québécoise et Interculturalité 

Lundi 26 janvier : « C’est quoi moi ? » : La question de l’identité d’Athènes à la Silicon Valley

Guillaume Corbeil, Stéphane Dompierre, Mélissa Verreault et Caroline Allard

Guillaume Corbeil, Stéphane Dompierre, Mélissa Verreault et Caroline Allard lors d’une table ronde en novembre dernier

Mardi 27 janvier : Je suis un jeune éditeur ; Littérature orale et lutte contre l’analphabétisme

Mercredi 28 janvier : Ma vie de globe-trotteur ; Lancement : Le Pied

Jeudi 29 janvier : Voix de femmes : soirée poésie ; Félix-Antoine Boutin explore l’œuvre de Claude Gauvreau

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Les années Croc

Enfant, je passais quelque jours, chaque été, au chalet de ma famille, situé en bordure d’un lac en Mauricie. Le matin, j’étais toujours la première éveillée. Je me glissais silencieusement hors de la chambre pour m’installer confortablement sur le canapé. La puissante lumière solaire se réfléchissait sur le lac et me réchauffait à travers la vitre. Je lisais ainsi quelques heures, seule dans le silence. Mon frère et moi avions apporté de nombreux livres de bibliothèque, mais ce n’était jamais assez. Je me saisissais donc d’une pile de vieux magazines avant de commencer à en parcourir les pages avec fascination. CROC06Le magazine Croc avait celà d’étonnant qu’il mêlait articles, bandes dessinées et romans photos de style variés, qu’il parodiait le monde entier tout en conservant un point de vue québécois et qu’il rendait hilarants tous les sujets, sans discrimination. Pour moi, dont la connaissance des périodiques se limitait à Pomme d’Api, J’aime lire et Images Doc, ce magazine était absolument extraordinaire.

Je fus déçue d’apprendre de mon père que le magazine Croc avait cessé d’exister en 1995. Je ne parvenait pas à comprendre pourquoi un magazine si drôle pouvait avoir manqué d’argent et fermé ses portes. Le monde est injuste et j’étais née trop tard pour vivre les années Croc.

CROC01Publié de 1979 à 1995, le magazine Croc ne craignait ni le ridicule ni la polémique. Au fil des parutions, de nombreux dessinateurs et humoristes québécois ont participé à la création de Croc : Claude Meunier, Sylvie Desrosiers, Stéphane Laporte, Guy A. Lepage, Pierre Lebeau, Serge Gaboury, Réal Godbout, Garnotte, Jacques Goldstyn et Jean-Paul Eid, pour ne nommer que ceux-là. En 2013, BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales Québec) a rendu disponible gratuitement en ligne chacun des numéros du magazine.

Michel Viau et Jean-Dominic Leduc

Michel Viau et Jean-Dominic Leduc

En novembre dernier, j’ai eu la chance de rencontrer Jean-Dominic Leduc et Michel Viau au Salon du livre de Montréal. Il m’ont offert un exemplaire de leur livre Les années Croc (LEDUC, Jean-Dominique et VIAU, Michel. Les années Croc : L’Histoire du magazine qu’on riait. 2013. Montréal : Québec Amérique, 416 pages. Pour la suite de cet article, les lettres AC feront référence à cet ouvrage.) Le volume retrace l’histoire du magazine Croc au fil de courtes biographies et d’entretiens avec les humoristes, dessinateurs et autres créateurs y ayant contribué, d’articles sur l’évolution du magazine et sur les événements qui l’ont marqué ainsi que d’une multitude de bandes dessinées, de photos et de dessins parus dans Croc.

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Le livre est divisé en 17 sections : une pour chaque année de parution du magazine, ainsi qu’une pour « l’avant-Croc » et une pour « l’après-Croc ». Chacune de ces sections commence par un paragraphe permettant de se situer par rapport à l’histoire du Québec et de son paysage culturel. Ainsi, pour 1979, année de création du magazine Croc, on peut lire : « En 1979, le Parti Québécois fait connaître la question référendaire, le salaire minimum est de 3,47 $ de l’heure, l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) célèbre son premier gala tandis que les Nordiques de Québec affrontent pour la première fois le Canadien de Montréal dans un match de la Ligue Nationale de hockey. La pièce Broue prend l’affiche au théâtre des Voyagements. Cette pièce a été présentée plus de 3 000 fois depuis, devenant ainsi le plus grand succès théâtral au Québec. Forte de l’aide financière accordée par le gouvernement de René Lévesque, l’équipe de Jacques Hurtubise s’active à préparer la sortie de son nouveau magazine d’humour, qui n’a pas encore de nom. Pendant ce temps-là, la ville de Drummondville vit ses dernières heures de paix et aménage un édifice pour en faire la bibliothèque municipale. » (AC, page 43) Après le paragraphe d’introduction, chaque section contient des informations plus détaillée sur les événements CROC05ayant marqué l’histoire du magazine. Le tout est accompagné d’images tirées de la revue Croc, de dessins publicitaires, d’entrevues (facilement identifiables puisqu’elles sont imprimées sur fond jaune), d’articles sur différentes revues humoristiques québécoises, et bien plus. Le volume se termine par une liste exhaustive des invités des photos-théâtres Croc, des livres et albums tirés du magazine et des personnes ayant participé à la création de chaque numéro.

En lisant, j’avais l’impression d’être de nouveau cette enfant qui lisait et relisait chaque page avec fascination. Louise Richer avertit le lecteur, dans sa préface, que « ce bouquin est un piège. Impossible de ne pas y mettre l’orteil sans finalement s’y plonger et s’y noyer. Comme à la publication de chaque numéro du défunt magazine Croc, on y furète, on y farfouille, on y vadrouille. Comme dans un magasin de bonbons, on s’étourdit avant d’en choisir une page. Rendu à la dernière page, on retourne au début et on recommence plus lentement, histoire de ne rien rater. Une couple d’heures plus tard, on aura relu certains passages cinq CROC04ou six fois ! Et en prime, on sera victime de se curieux paradoxe : se sentir gavé et en vouloir encore! » (AC, page 3) Cela décrit assez bien comment j’ai lu Les années Croc. Chaque page contient une multitude de perles, d’un coin de (parodie de) couverture de revue portant l’inscription « Comment crever un œil avec un coin de revue » à une définition du mot alphabétisation se lisant comme suit : « Action d’ajouter des nouilles alphabet dans la soupe ». J’encourage tous ceux qui ont aimé le magazine Croc à faire la lecture des Années Croc. N’hésitez pas à partager votre opinion sur le livre et le magazine dans les commentaires!

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