Calendrier littéraire montréalais : mai 2015

MichelTremblay

Michel Tremblay en pleine scéance de dédicaces

Comme chaque mois, je vous présente mon calendrier des événements littéraires pour adultes gratuits ou à contribution volontaire qui auront lieu à Montréal. N’oubliez pas de visiter cette page souvent pour vous tenir au courant des événements au fur et à mesure qu’ils sont annoncés.

Mardi 5 mai : Écrire ses mémoires

Mercredi 6 mai : Lancement : Le Pied

Samedi 9 mai : D’autres vies que la mienne ; BD en direct

Lundi 11 mai : Premier jour du colloque Raconter l’aliment

Mardi 12 mai : Poésie 101 ; Conférence : La traduction littéraire

Mercredi 13 mai : Parle-moi d’amour : Cocktail de clôture

Mardi 19 mai : Atelier de poésie

Lundi 25 mai : James Hyndman lit « L’amour aux temps du choléra », de Gabriel Garcia Marquez

Mardi 26 mai : Club de lecture

Mercredi 27 mai : Club de lecture ; Quand la BD sort des cases

Vous voulez me faire part d’un événement littéraire gratuit se déroulant à Montréal mais ne figurant pas sur cette liste? N’hésitez pas à le mentionner dans les commentaires ou à m’écrire à l’adresse suivante : emerance.gascon-afriat@laposte.net

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Fate/Stay Night : Fate (Realta Nua) partie 3

FateRoad_HeaterCeci est la troisième partie d’un long article. Si vous n’avez pas lu les deux premières parties, je vous invite à le faire : partie 1 partie 2 J’avais précédemment cessé ma lecture de la route Fate de Fate/stay night (Realta Nua) alors que Matô Sakura et le narrateur, Emiya Shirô, s’apprêtaient à partir pour l’école. On les suit donc dans la ville jusqu’à leur arrivée sur le campus. Sakura part pour le club d’arc tandis que Shirô rejoint Ryuudou Issei, le président du conseil des élèves. Héritier d’un temple situé dans les montagnes, Issei est présenté comme un jeune homme assez solitaire destiné à la vie de moine. Il demande à Shirô de réparer un calorifère électrique. Dès qu’Issei quitte la pièce, Shirô se met au travail, expliquant au passage comment il utilise la magie pour construire une image mentale de l’intérieur du calorifère et identifier le problème en un instant. Il explique également au lecteur que c’est la seule branche de la magie dans laquelle il excelle.

FateRoad_TIGER

Fujimura Taiga

Pendant sa journée d’école, Shirô croise différents personnages, qu’il présente au lecteur. Il rencontre d’abord Tohsaka Rin, dont on se souvient puisqu’elle était la narratrice du prologue. Shirô la tient en haute estime, et admet se considérer comme l’un de ses admirateurs. On passe ensuite à Matô Shinji, ami de Shirô et frère de Sakura, puis Fujimura Taiga, la tutrice de Shirô, entre en scène. Elle a un malaise, chute, est réveillée par les étudiants et fait quelques annonces de début de journée comme si de rien était.

Après les cours, le lecteur se retrouve face au second choix du jeu : Shirô peut soit aller au travail, soit proposer son aide à Issei et au conseil des élèves. J’ai choisi qu’il aille travailler. Il se dirige donc vers la ville voisine de Shinto, dans un bar nommé Copenhagen («Copenhague»), où il travaille quelques heures, puis, le soir tombé, il prend le chemin de sa demeure. Il remarque que les rues de Miyama City sont désertes, ce qu’il attribue à la crainte des citoyens après qu’un meurtre ait été commis dans la ville. Puis, il aperçoit une inconnue aux cheveux argentés et aux iris rouges. Elle marche dans sa direction. FateRoad_WordsL’ambiance sonore et les superbes dessins lui donnent une aura de mystère. Lorsqu’elle arrive à la hauteur de Shirô, l’inconnue lui adresse ces quelques mots : « You’ll die if you don’t summon it soon, Onii-Chan. »

Cette phrase pourrait être traduite par « Tu mourras si tu ne l’invoque pas rapidement, grand frère. » Il est à noter que le mot « frère » est utilisé ici dans un sens large et ne désigne pas nécessairement un individu avec lequel il y a un lien familial. Le L apostrophe n’ayant pas de référent dans la phrase elle-même, j’aurais tendance à supposer qu’il désigne un Esprit Héroïque. En effet, on sait, par le prologue, que Shirô va, en s’exerçant, invoquer Saber, un puissant Esprit Héroïque, et se retrouver malgré lui impliqué dans la Guerre du Graal. Ce qui est intéressant, c’est que l’inconnue semble déjà savoir que Shirô sera impliqué dans cette guerre, alors que Shirô l’ignore encore lui-même.

Le jeune homme résume l’événement ainsi : « As she passes… [on voit ici une image de l’inconnue accompagnée de la phrase qu’elle prononce]. She says something strange, » ce qui équivaut, en français, à « Alors qu’elle passe [à côté de moi]… Elle dit quelque chose d’étrange. » Je dois avouer que ce passage me déçoit. Jusqu’ici, Shirô a donné une description détaillée de chacune des personnes qu’il a croisées et commenté chacune des rencontres, alors je me serais attendue à ce qu’il partage avec le lecteur ses FateRoad_CChoiceimpressions, mais non! on passe à la scène suivante pour apprendre quels plats Sakura cuisine le mieux.

Après être rentré chez lui et avoir soupé avec sa tutrice Fujimura Taiga et son amie Sakura (simple prétexte pour pouvoir informer le lecteur, au moyen d’une conversation au sujet de Shirô, que le rêve d’enfant du jeune homme était d’être un superhéros), Shirô se retrouve face à un nouveau choix et je suis amenée une nouvelle fois à décider de la suite de l’histoire. Disposant d’un peu de temps libre avant son entraînement du soir, Shirô peut raccompagner Sakura chez elle, jouer avec sa tutrice ou se reposer. J’ai choisi qu’il raccompagne Sakura. Il propose donc à la jeune femme de marcher avec elle, mais elle refuse, de peur que son frère Matô Shinji n’aperçoive Shirô et se ne mette en colère. On apprend ainsi que Shinji n’apprécie pas que sa jeune sœur passe autant de temps chez Emiya Shirô. J’ai soudain l’impression que cette scène entière ne sert qu’à amener l’idée FateRoad_FoodTalkque Shinji n’aime pas que sa sœur déjeune et soupe tous les jours chez Shirô. Le narrateur n’aurait-il pas pu simplement mentionner cela lors de la scène où, ayant croisé Shinji à l’école, il en fait le portrait et le présente comme son ami?

Normalement, quand je lis une œuvre de fiction, plus j’avance, plus j’entre dans l’histoire. Je me mets à songer à la façon dont les personnages pensent et aux implications de l’univers dans lequel ils évoluent. Pourtant, alors que je poursuis ma lecture de la route Fate, je dois admettre que je m’ennuie. Au lieu de penser « Ainsi, Shinji n’apprécie pas que sa sœur se rende aussi souvent chez Emiya Shirô. C’est probablement un instinct protecteur de sa part, peut-être aussi un besoin de contrôle… Intéressant! » je pense « Ainsi cette scène sert à renforcer l’idée que c’est dangereux de marcher seul le soir, à donner une information sur la relation de Sakura et Shinji, à rappeler au lecteur à quel point Sakura est aussi serviable que timide, et à mentionner une nouvelle fois le désir qu’a Shirô pour Sakura. » Les mêmes FateRoad_Magicinformations sont répétées à plusieurs reprises, ce qui a pour effet de me faire décrocher de l’histoire.

Fujimura ayant proposé de raccompagner elle-mème Sakura, Shirô se retrouve seul et commence à s’entraîner. Le lecteur a donc droit à une (autre!) scène d’exposition au sujet de la magie, mais aussi de la relation que Shirô a entretenue avec son père adoptif, Emiya Kiritsugu. On apprend, entre autres choses, que les grandes familles de magiciens disposent chacune d’un « Magic Crest » (Sceau Magique), un ensemble de circuits magiques transmis de génération en génération. Malheureusement, n’ayant aucun lien de sang avec son père, Shirô n’a pu hériter du « Magic Crest » de la famille Emiya. Il doit donc générer ses propres circuits à chaque fois qu’il pratique la magie. C’est pourquoi il n’utilise qu’une seule forme de magie : le renforcement. Il analyse les propriétés des objets (la luminosité d’une ampoule, la dureté d’une barre de métal, etc.) et les renforce. C’est un travail très délicat et, bien souvent, il manque son coup, ce qui n’est pas sans danger. En effet, lorsqu’il est question de magie, même les exercices les plus simples peuvent tourner à la catastrophe, entraînant des blessures graves, voir la mort. Shirô se souvient comment son père adoptif Emiya FateRoad_ShinjiKiritsugu l’a averti de ces risques avant de lui enseigner la magie : « The first step of a magus is to accept death. »(Textuellement : La première étape d’un mage est d’accepter la mort.) Malgré les dangers que cela implique, Shirô est déterminé à devenir lui aussi un mage car il veut aider les autres, devenir un super-héros.

Après encore plus d’exposition, la scène se termine et l’on retrouve Shirô le lendemain matin pour une nouvelle scène d’exposition! On apprend, entre autres choses, que Sakura a été frappée par son frère Shinji après être rentrée chez elle la veille.

Matou Shinji has a bad habit of being hard on his sister, Sakura.
I first noticed it about a year ago.
Sakura was injured sometimes, and she just evaded my question when I asked about it.
When I asked Shinji about it, of all things, he said he was the one who hit Sakura.
When I asked him why he hit her, he said that he just hit her because he felt like it.
After that, I got pissed and did to Shinji what he did to Sakura.
Since then, we’ve been estranged.
I still don’t regret punching him.
But I think it’s my fault that Sakura is being treated worse.

Matô Shinji a l’habitude d’être dur avec sa sœur, Sakura.
J’ai remarqué [les hématomes] pour la première fois il y a un an.
Sakura était parfois blessée, et elle évitait de répondre quand je la questionnais à ce propos.
Quand j’ai interrogé Shinji à ce sujet, entre toutes autres choses, il m’a dit qu’il était celui qui avait frappé Sakura.
Quand je lui ai demandé pourquoi il l’avait frappée, il a dit qu’il l’avait simplement frappée parce qu’il en avait envie.
Après cela, je me suis mis en colère et j’ai fait à Shinji ce qu’il a fait à Sakura.
Depuis, nous avons gardé nos distances.
Je ne regrette toujours pas de l’avoir frappé.
Mais je crois que c’est ma faute si Sakura est traitée de pire façonFate_Title.

J’ai lu suffisament de scènes d’exposition
aujourd’hui et j’ai vraiment hâte qu’il se passe quelque chose. Enfin! ce sera pour la prochaine fois.

Lire la suite de cet article : partie 4

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De retour

EmeranceGA_pi

Photo illustration : Julie Gascon Photographie

Pour des raisons personnelles, je n’ai pas eu la chance de publier de nouveaux articles sur ce blogue depuis plus d’un mois. Enfin! je suis de retour et je compte bien reprendre le rythme. Je vous invite à consulter dès aujourd’hui mon nouveau calendrier littéraire montréalais ainsi que mes plus récentes impressions de lecture. De plus, si vous avez aimé mon article Que regarder après Féminin/Féminin, vous apprécierez probablement mon plus récent article Jour J moins 77, dans lequel je vous présente trois autres webséries.

Au plaisir de lire vos commentaires!

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Jour J moins 77

Peut-être avez-vous lu mes articles au sujet des webséries Féminin/FémininBetween WomenThrow Like a GirlPlan VCarmillaEasy Abby, Dyke CentralOut With Dad, B.J. Fletcher : Private Eye et Venice The Series. Puisqu’il faut bien m’occuper d’ici le 12 juin, date de sortie de la prochaine saison d’Orange is the New Black (plus que 77 jours!), je m’intéresse de nouveau à quelques webséries mettant en scène des lesbiennes.

SeekingSimone12

YouTube vous permet, au choix, d’afficher ou de ne pas afficher les sous-titres.

Tournée en anglais mais disponible avec d’excellents sous-titres en français, Seeking Simone suit les aventures de Simone Selkin, une actrice célibataire nouvellement arrivée à Toronto. Son amie Audrey, avec qui elle communique via Skype, la convainc de s’inscrire sur un site de rencontres. Malheureusement, l’interprétation et le rythme laissent un peu à désirer, et l’effet comique en souffre. Le jeu d’Anna Chatterton (Audrey) a quelque chose de forcé, tandis que celui de Renée Olbert (Simone) repose sur une succession de mimiques exagérées. Par contre, les interprètes des rôles de soutien sont beaucoup plus crédibles. Enfin! vous pourrez en juger par vous-même en visionnant le premier épisode :

FTO7TH09C’est dans un parc à chiens que l’on rencontre Ingrid (Ingrid Jungermann, qui a également écrit et réalisé la série), lesbienne d’âge mûr et personnage central de la websérie anglophone F TO 7TH. Chaque épisode dure environ 5 minutes et la comédie est toujours au rendez-vous. Non seulement c’est rafraîchissant de rencontrer un personnage central un peu plus âgé, mais les dialogues sont aussi intelligents qu’amusants, et il sont interprétés avec authenticité. Si vous comprenez l’anglais, n’hésitez surtout pas à découvrir dès maintenant le premier épisode :

KissHerImFamous05La série anglophone Kiss Her I’m Famous s’ouvre sur une émission télévisée à potins. L’histoire du jour : après qu’une vidéo montrant les ébats d’une jeune Française et d’un sénateur américain s’est retrouvée sur Internet, le sénateur a été contraint de démissionner, tandis que la jeune femme, une certaine Sophie Benoit, s’est fait offrir 20 millions de dollars pour être la vedette d’une émission de téléréalité. On rencontre ensuite les personnages principaux de la série : Mandy (Ryan Ryerson), qui vient d’être laissée par sa copine, et Jen (Ilea Matthews), qui vient d’apprendre que son copain la trompe… avec Sophie Benoit. Une idée germe dans leurs esprits : tourner un sex-tape, puis le mettre en ligne afin d’accéder à la célébrité, à l’argent et au succès. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner? À vous de le découvrir dans cette série qui ne se prend pas du tout au sérieux!

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Une femme discrète

FemmeDiscrete_01Maman est morte le 27 mars 2012, à l’âge de 76 ans.
Il faut commencer par là, même si ça fait mal.
Il faut commencer par là, parce que c’est sa disparition qui a éveillé en moi le besoin de raconter.
Mes sœurs ont posé la bonne question :              « Raconter l’histoire de maman… qu’est-ce qu’elle en penserait, elle qui faisait tout pour rester discrète ? »
C’est vrai. Elle a été la confidente douce et appréciée de bien des amis, mais elle ne s’épanchait jamais.
La question de mes sœurs m’a forcée à chercher et à comprendre.
Je voulais raconter une histoire d’amour. Une histoire où l’amour a lutté pour l’emporter sur un trou noir qui aurait pu engloutir une vie.
Mais commençons par la fin.
Une femme discrète, page 7. (PERRIN, Catherine. Une femme discrète. 2014. Montréal : Québec Amérique, 127 pages. Pour la suite de cet article, les lettres FD feront référence à cet ouvrage.)

Certains de mes lecteurs se souviendront peut-être que j’ai assisté l’automne dernier à une causerie avec Catherine Perrin autour de son récit Une femme discrète (voir l’article). Ce n’est que tout récemment que j’ai eu la chance de lire l’œuvre en question.

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Catherine Perrin lors d’une causerie en octobre 2014

C’est au fil du journal intime et de la correspondance de sa mère, Louise Adam, mais aussi d’histoires de famille et de souvenirs personnels que Catherine Perrin retrace à la fois la construction d’une identité et sa déconstruction par la maladie. En effet, Louise Adam était atteinte de dégénérescence corticobasale, une maladie dégénérative affectant à la fois la capacité de mouvement, l’équilibre et la mémoire. Plutôt rare, la dégénérescence corticobasale demeure mal connue. Pourtant la recherche avance, apportant de nouvelles pistes d’explications qui, parfois, permettent une nouvelle interprétation des événements passés.

C’est avec précision et sensibilité que l’auteure présente ses souvenirs de sa mère, comme autant de photographies d’époque. Elle entrecoupe son récit de paragraphes en italique, dans lesquels elle s’adresse directement à la défunte.

On se promène de moins en moins loin, car ton équilibre se déconstruit et ton pied gauche traîne la patte de plus en plus. Tu t’arrêtes souvent devant une jolie fleur, une maison colorée ou une pierre imposante. Tu oublies de repartir et je finis par t’entraîner doucement.
FD, page 36

Ces paragraphes ressemblent parfois de manière troublante à une lettre qu’écrirait un père ou une mère à son enfant. « Depuis quelques mois, tu as amorcé une étape importante de ton développement. Tu as toujours eu ce visage mature, ces yeux profonds et questionneurs. Mais te voilà qui changes plus que jamais, sous mes yeux. Bientôt, nos Lettreregards se feront face, à l’horizontale. Ça me touche d’y penser. Je suis moi aussi à la croisée des chemins puisqu’au cours des prochaines années, je devrai m’adapter à la jeune fille que tu deviendras. » (Marie-Pierre Bouchard, Lettre à mon enfant) Si certains s’épanchent sur les premières fois de leurs enfants, Catherine Perrin décrit les dernières fois de sa mère.

Un jour, impatiente et pleine d’une énergie impossible à dépenser à son rythme, je la précède de quelques mètres pour cueillir des framboises en l’attendant. En me retournant, je la vois avancer lourdement, les traits tirés par l’effort, et je comprends soudain que même ces petites promenades achèvent. […]
J’apprends à l’occuper, commen on occupe un enfant. Mais, alors que l’enfant est fier de réussir enfin ce qu’il était incapable d’accomplir une saison plus tôt, je mesure déjà ce qu’elle ne pourra plus faire d’ici une saison ou deux.
FD, page 36

Si les capacités s’effritent, les principaux traits de personnalité demeurent. Catherine Perrin dit de sa mère qu’elle « […] a aimé être heureuse. Elle savait nommer le bonheur sans le faire fuir et sans, non plus, avoir la naïveté de croire à sa permanence possible. Elle mesurait qu’être bien, pouvoir rire, c’est une grâce à saisir, une FemmeDiscrete_03occasion d’être reconnaissante. »(FD, page 37)

Le récit ne laisse place à aucune longueur et fait bientôt une révélation : après un traitement osthéopathique, Louise Adam, alors dans la cinquantaine, a connu un phénomène de mémoire retrouvée. « Elle se voyant seule avec un homme à l’identité floue […] il faisait ressurgir un grand trouble. […] Autre image : elle se voyait marchant dehors avec son père. Le père, la tenant par la main, posait des questions étranges dont le sens échappait à la petite fille. Il semblait inquiet, mais se voulait aussi rassurant. […] Après cette première vague de souvenirs, maman a eu l’intuition forte et douloureuse que l’homme inconnu, dans la maison louée, avait agressé sexuellement la toute petite fille qu’elle était. » Si les souvenirs d’enfance sont considérés comme peu fiables, la présence de certains souvenirs ultérieurs (l’attitude des parents de Louise Adam envers elle, son vaginisme inexpliqué à l’aube de son mariage, etc.) a laissé Louise Adam croire qu’elle avait bel et bien été victime d’une agression sexuelle à l’âge de cinq ans.

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Catherine Perrin en compagnie de son éditeur Pierre Cayouette

Sa mère décédée, Catherine Perrin s’interroge : ce souvenir enfoui aurait-il pu être à l’origine du stress et des maux physiques subis par Louise Adam tout au long de sa vie? « L’épreuve subie dans son enfance avait longtemps été oubliée, mais son corps en parlait, son corps exprimait régulièrement un inconfort. Il réagissait à l’agression refoulée comme à un corps étranger. »(FD, page 53) Le système digestif de Mme Adam a été particulièrement éprouvé. Elle a d’ailleurs reçu un diagnostic de syndrome du côlon irritable.

Pour mieux comprendre l’influence que peuvent avoir les souvenirs, enfouis ou non, d’une agression sexuelle sur l’état de santé, surtout au niveau intestinal, Catherine Perrin a rencontré plusieurs spécialistes de la santé. La recherche n’en est encore à ses débuts dans le domaine, aussi, bien que l’on observe d’importantes corrélations entre les traumatismes sexuels et les troubles intestinaux, il demeure impossible d’affirmer s’il s’agit ou non d’une relation de cause à effet. Une corrélation semble également existerFemmediscrete13 entre les traumatismes subis par les parents et les troubles de la digestion, mais là encore, le lien de cause à effet reste une simple hypothèse.

C’est sans explication à ses souffrances physiques qu’a vécu Louise Adam. Pourtant elle a su conserver, puis transmettre à ses enfants, le bonheur d’exister. C’est en lisant le journal intime et les correspondances de sa mère que Catherine Perrin a découvert comment.

Louise Adam a bénéficié du soutien de ses parents et de son mari, mais aussi de l’accompagnement spirituel du père Hamel, un bénédictin aux idées souvent en avance sur son temps. Dès sa rencontre avec Louise Adam, alors qu’elle n’est agée que de 21 ans, il l’encourage à s’accomplir en tant que femme. « Il l’incite à développer tous les aspects de sa personnalité : éducation, culture, lectures et bien-être physique. »(FD, page 15) Il lui écrit : « Soyez exigeante pour-vous même. Ne vous contentez pas de peu, puisque vous êtes capables de beaucoup. […] Quand vous aurez des enfants, vous serez leur principale éducatrice, celle qui comprend parce qu’elle sait. Le savoir, en effet, écarte les étroitesses et les incompréhensions. » (FD, page 63)

FemmeDiscrete_02Les morceaux du casse-tête sont sur la table. Il ne reste à les placer de manière à reconstituer une image. C’est ce que s’efforce de faire Catherine Perrin, avec l’aide de ceux qui ont aimé et supporté Louise Adam pendant sa vie. « […] récemment, papa s’est ouvert à moi avec une générosité et une confiance touchantes, »(FD, page 67) raconte l’écrivaine. Catherine Perrin revisite ses souvenirs de sa mère à la lumière de ce qu’elle apprend de ses recherches personnelles ainsi que des différents spécialistes spécialistes de la santé qu’elle rencontre.

Au sujet d’une rencontre avec une psychiatre, Catherine Perrin écrit : « Je suis touchée, encore une fois, qu’une spécialiste bien occupée prenne le temps de rencontrer une non-scientifique comme moi, qu’elle trouve un intérêt à vulgariser. »(FD, page 88) Je dois avouer qu’à la lecture de ces mots, j’ai presque envie de pleurer. La dernière fois que j’ai voulu prendre un rendez-vous avec un médecin spécialiste, j’ai faxé ma référence médicale à sa clinique, puis téléphoné pour vérifier que le fax avait bien été reçu et pris en compte. La réponse de la secrétaire : « Nous avons beaucoup de patients, nous, madame. Nous ne pouvons pas nous permettre de vous dire si nous avons reçu votre fax ou si nous avons un dossier à votre nom. Nous vous appellerons dans un an pour prendre rendez-vous. » Le tout, bien entendu, exprimé sur un ton aussi hautain qu’exaspéré.

Chapelet

Crédit photo : Wall in Palestine

Enfin! je poursuis ma lecture. L’auteure s’intéresse à la foi chrétienne de sa mère, qu’elle décrit comme « un facteur de résilience dans la trajectoire de l’enfant abîmée. »(FD, page 97) Plus loin, elle écrit : « Dieu était un refuge pour ma mère. »(FD, page 105) Si la génération de Catherine Perrin et les suivantes se sont éloignées de la religion, celle de Louise Adam en est restée beaucoup plus proche. En octobre 2013, animant une émission de radio abordant le sujet de la charte des valeurs de laïcité (projet de loi présenté à l’Assemblée nationale du Québec), Catherine Perrin a eu la chance de rencontrer sœur Claire Dumont, une religieuse éduquée et ouverte sur le monde. Les paroles de Claire Dumont ont immédiatement rappelé à Catherine Perrin la façon dont sa propre mère vivait sa religion.

J’ai l’impression que [Louise Adam et Claire Dumont] ont ressenti les mêmes choses à la même époque : un enthousiasme devant Vatican II et le mot d’ordre du pape Jean XXIII : « Allez vers les gens ! » Une sensation de compétence heureuse dans cette nouvelle vision de la foi agissant à échelle humaine. La foi comme facteur possible de progrès social.
FD, page 102

La suite du texte se lit sans le moindre effort. On ne peut que suivre avec captivation les réflexions de l’auteure, qui fait le point sur son aventure et sur ce qu’elle en a tiré. Un mot se démarque, semble s’élever au-dessus des autres : amour.

 

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