Arsène Lupin préfacier

AVERTISSEMENT : Cet article révèle des éléments de l’intrigue de deux nouvelles de Maurice Leblanc : Arsène Lupin en prison et L’évasion d’Arsène Lupin.

LaCagliostroSeVengeLeblancLupinDans mon article de la semaine dernière, j’ai montré comment la préface d’un roman peut accomplir différentes fonctions. Cette semaine, je m’intéresse plus particulièrement à la préface de La Cagliostro se venge, de Maurice Leblanc.

Préface d’Arsène Lupin

Je voudrais marquer ici, que, tout en appréciant comme il convient, et en certifiant comme conformes à l’exactitude les aventures qui me sont attribuées par mon historiographe attitré, j’apporte néanmoins certaines réserves sur la façon dont il les présente dans ses livres.

Il y a cent manières d’accommoder au goût du public une aventure réelle. Peut-être n’est-ce pas choisir la meilleur que de me montrer toujours sous l’aspect le plus avantageux et de me mettre obstinément en relief et au premier plan. Non content de négliger les nombreux épisodes de ma vie où je fus dominé par les circonstances, démoli par mes adversaires ou rabroué par les respectables agents de l’autorité, mon historiographe arrange, atténue, développe, exagère et, sans aller contre les faits, les dispose si bien que j’en arrive parfois à être gêné dans ma modestie.

C’est un mode de récit que je n’approuve pas. Je ne sais qui a dit : « Il faut connaître ses limites et les aimer. » Je connais mes limites, et j’éprouve même, à les sentir, quelque satisfaction, ayant horreur de tout ce qui est surhumain, anormal, excessif et disporportionné. Ce que je suis me suffit : au-delà, je serais invraisemblable et ridicule. Or, l’une de mes faiblesses est la crainte de tomber dans le ridicule.

Et j’y tombe sans aucun doute – et c’est là la raison essentielle de cette courte préface – lorsque je suis offert au public dans une invariable, perpétuelle et irritante situation d’amoureux. Certe, je ne nie pas que j’ai le coeur fort sensible, et que le coup de foudre me gette à chaque tournant de rue. Et je ne nie pas non plus que les femmes me furent, en général, accueillantes et miséricordieuses. J’ai des souvenirs flatteurs, je fus l’objet heureux de défaillances dont tout autre que moi se prévaudrait avec quelque orgueil. Mais de là à me faire jouer un rôle de Don Juan, de Lovelace irrésistible, c’est un travestissement contre lequel je proteste. J’ai connu des rebuffades. Des rivaux méprisables me furent préférés. J’ai eu ma bonne part d’humiliation et de trahison. Défaites incompréhensibles, mais qu’il faut noter si l’on veut que mon image soit rigoureusement authentique.

Voilà le motif pour lequel j’ai voulu que la présente aventure fut racontée, et qu’elle le fût sans détours ni ménagements. Je ne m’y distinguerai pas toujours par une agaçante infaillibilité. Mon coeur n’y soupire pas au détriment de ma raison. Mon pouvoir de séducteur est singulièrement mis en échec. Tout cela me vaudra peut-être l’indulgence de ceux que l’excès de mes mérites et de mes conquêtes horripile non sans motif.livrelunettes

Un mot encore. Joséphine Balsamo qui fut la grande passion de ma vingtième année, et qui, se faisant passer pour la fille du comte de Cagliostro, le fameux imposteur du dix-huitième siècle, prétendait tenir de lui le secret de l’éternelle jeunesse, ne paraît pas en ce livre. Elle n’y paraît pas pour une raison dont le lecteur appréciera de lui-même toute la force. Mais, d’autre part, comment ne pas mêler son nom au titre d’une histoire sur laquelle son image projette une ombre si tragique et où l’amour se double de tant de haine, et la vengeance de tant de ténèbres ?

(Leblanc, Maurice. La Cagliostro se venge. 2014. La Bibliothèque électronique du Québec, collection «Classiques du 20e siècle », volume 39 : version 2.0. 350 pages. Édition de référence : Robert Laffont, collection «Bouquins», Paris, 1986. Pages 5 à 8. Disponible gratuitement en ligne)

Je porte d’abord votre attention sur les quatre premiers mots : « Préface d’Arsène Lupin ». On sait tout de suite qu’on a affaire à une préface actoriale (attribuée à un personnage de l’histoire). Ainsi, le livre que l’on tient entre les mains existe non seulement dans notre monde, mais aussi à celui d’Arsène Lupin. L’appartenance du livre à ces deux mondes facilite tout naturellement le passage de l’un à l’autre. Quand on lit les mots « Préface d’Arsène Lupin », on comprend que la fiction commence ici, avant même le premier mot du premier chapitre.

EclatdObus01À mi-chemin entre réalité et fiction se trouve la relation entre Leblanc et Lupin, une relation décrite non pas comme celle d’un écrivain et de sa création, mais comme celle d’un biographe et de son sujet (je vous invite à lire mon précédent article https://emerancega.com/2015/07/01/de-la-presence-darsene-lupin-dans-leclat-dobus/ si la relation entre Leblanc et Lupin vous intéresse).

Puisque l’énonciateur des aventures de Lupin est un ami à lui, un être humain, et non un narrateur omniscient, il est faillible, aussi le gentleman cambrioleur peut-il se permettre d’émettre quelques commentaires visant à se présenter au lecteur ou à la lectrice sous un jour plus « authentique ». Dans ses aventures précédentes, Arsène Lupin paraît souvent plus grand que nature. Sa réputation le précède, et il sait en tirer profit. Dans Arsène Lupin en prison, il envoie, de sa cellule de la prison de la Santé, une lettre à un riche baron, lui annonçant le vol prochain de sa collection d’œuvres picturales et d’antiquités. Il va jusqu’à préciser la date du cambriolage. Paniqué, le baron engage un policier en vacances, de passage dans sa région. Le soi-disant policier, bien entendu, est de mèche avec Arsène Lupin. La lettre annonçant le larçin est nécessaire à son accomplissement, et elle n’a d’impact que celui de la signature qu’elle porte.

Tout au long de sa détention à la Santé, Arsène Lupin déclare à qui veut l’entendre qu’il n’assistera pas à son procès. Il orchestre d’ailleurs une tentative d’évasion, mais la police est au courant et le suit, aussi se présente-t-il à la Santé pour regagner sa cellule. De retour derrière les barreaux, il change radicalement d’attitude et mange peu, altérant progressivement son apparence, si bien qu’à son procès, dans L’évasion d’Arsène Lupin, lorsqu’il nie être le gentleman cambrioleur, Ganimard, le responsable même de son arrestation, déclare : « Monsieur le président, j’affirme que l’homme qui
Plumemetalliqueest ici, en face de moi, n’est pas Arsène Lupin. »(Leblanc, Maurice. L’Arrestation d’Arsène Lupin. Librairie Générale Française, Paris, 1995, 90 pages. Page 78.) La cour, si bien préparée à l’idée qu’Arsène Lupin n’assistera pas à son procès, suppose qu’il a réussi à duper la police lors de sa tentative d’évasion, et relâche «celui qui s’est substitué à lui». Encore une fois, l’énonciation de la «prophétie» est nécessaire à son accomplissement, et encore une fois, la légende de Lupin suffit à endormir la vigilance de ses adversaires.

 

Or, dans la préface de La vengeance de Cagliostro, Arsène Lupin semble vouloir mettre de l’avant son humanité, sa faillibilité, comme pour se rapprocher du lecteur, puisque les thèmes du roman sont, après tout, très humains : l’amour et la vengeance. Pourtant, l’orgueil est dans la nature du gentleman cambrioleur, et cela transparaît du début à la fin de cette préface. Affectant la modestie, il se vante néanmoins de ses talents de séducteur « J’ai des souvenirs flatteurs, je fus l’objet heureux de défaillances dont tout autre que moi se prévaudrait avec quelque orgueil. » Quant aux rebuffades qu’il a reçues, il les considère comme des « défaites incompréhensibles ». Si ce paragraphe n’humanise pas réellement Lupin, il continue à accompagner progressivement le lecteur ou la lectrice sur le chemin de la fiction. À la manière de la célèbre formule « Il était une fois », ce paragraphe lui rappelle qu’il ou elle s’apprête à lire une histoire.

Observons maintenant le dernier paragraphe de cette préface :

Un mot encore. Joséphine Balsamo qui fut la grande passion de ma vingtième année, et qui, se faisant passer pour la fille du comte de Cagliostro, le fameux imposteur du dix-huitième siècle, prétendait tenir de lui le secret de l’éternelle jeunesse, ne paraît pas en ce livre. Elle n’y paraît pas pour une raison dont le lecteur appréciera de lui-même toute la force. Mais, d’autre part, comment ne pas mêler son nom au titre d’une histoire sur laquelle son image projette une ombre si tragique et où l’amour se double de tant de haine, et la vengeance de tant de ténèbres ?

Enfin, Lupin annonce un élément d’intrigue, sans pour autant révéler grand chose. Ainsi il sera question de la comtesse de Cagliostro (voir le roman du même nom), mais elle sera absente. Le personnage étant déjà connu des admirateurs d’Arsène Lupin, sa mention seuleGeneral_etudelivres suffit à alimenter le suspense. Dès le premier chapitre, simple situation initiale, plusieurs questions se posent : quel est le rôle de Cagliostro dans cette histoire? Serait-il possible qu’elle ait orchestré ceci ou cela? Comment? Pour quel motif? Ou bien… Je m’arrête ici. Les curieux n’auront qu’à lire le roman.

 

 

 

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Storybird, ou la démocratisation du processus créatif

Lark03Manque d’inspiration? Il y a une application pour ça! Plusieurs, en fait, mais commençons par une : Storybird. Cette plateforme de création littéraire encourage ses usagers à utiliser la banque d’illustrations placée à leur disposition pour composer des histoires plus ou moins longues, ou de courts poèmes.

Les longform stories, ou « histoires à forme longue », sont centrées sur le texte, quoique toujours accompagnées d’images, et peuvent contenir de nombreux chapitres. Les picture books, ou « livres d’images », laissent plus de place aux illustrations, qui occupent la majeure partie de chaque page, tout en permettant d’écrire librement du texte. Les poems, ou «poèmes », sont composés d’une image carrée et de quelques mots.

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Lark pour iOS permet de créer des poèmes et de les partager sur Storybird

Si l’on peut écrire ce que l’on veut dans une histoire à forme longue ou dans un livre d’image, on ne dispose que d’une sélection limitée de mots pour composer un poème, à la manière d’une poésie de frigo. La contrainte est un puissant moteur de création, mais elle demande souvent un moment d’ajustement. En effet, il y a beaucoup moins de choix de mots dans l’interface de création de poèmes de Storybird que sur ma boîte en métal (quoi? le frigo était pris!) et j’ai moi-même dû abandonner plusieurs idées, faute de in (dans/en) ou de we (nous/on).

La version pour iOS de Storybird, Lark, se limite à la création, à la lecture et au partage de poèmes, mais a le mérite de jouir d’une interface tactile et permet de composer et de lire des poèmes en faisant son lavage ou en préparant à manger, expérience fort agréable. Dès la publication de ma première création, j’eus le plaisir de constater que je recevais déjà des commentaires positifs.

C’est là une des grandes forces de Storybird : sa communauté est très active, et surtout, s’exprime toujours avec savoir-vivre. Et pour cause : les créations littéraires et les commentaires sont soumis à une modération si efficace qu’on se rend à peine compte du délai de publication. On n’y retrouve pas toujours de critiques détaillées et constructives, mais on est certain de ne jamais y lire d’injures. Cela fait de Storybird un excellent outil pour les enseignants et les parents désireux d’encourager les jeunes à écrire. Storybird met d’ailleurs de nombreux outils à disposition des enseignants, entièrement gratuitement. Voyez-en quelques exemples dans cette vidéo (en anglais) :

Sur iOS comme sur navigateur web, l’interface est esthétique, son utilisation, intuitive. Il est facile de commencer à créer et difficile de détacher son regard des illustrations. C’est aussi une expérience collective, et ce à plusieurs niveau : en effet, en plus de pouvoir partager ses créations et commenter celles des autres, on peut inviter quelqu’un à contribuer à la composition d’une histoire à forme longue ou d’un livre d’images. J’adore cette option, mais j’aimerais aussi beaucoup en voir une qui permettrait d’inviter ses amis à utiliser la même image et la même sélection de mots pour créer un poème.

Enfin! je vous laisse, un nouveau chapitre vient de s’ajouter à une histoire que je suis…

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Zombies, Run!

HandsandTreesMon sac à dos est plein à craquer, mais je ne dois pas laisser son poids me ralentir. Je me concentre sur le son de mon cœur qui bat. Je cours, les yeux fixés à mon but : les portes de la base d’Abel sont à moins d’un kilomètre.

Je reçois un message radio : la base est prête à m’accueillir. Jusque-là, je n’ai qu’à garder le rythme pour garder les zombies à distance. J’ai une vingtaine de mètres d’avance sur eux.

Chaque pas fait monter une aiguille de douleur à travers ma jambe. Je contemple un instant l’idée de me départir d’un objet ou deux, mais je relègue rapidement cette pensée aux oubliettes : je n’ai pas le temps de m’arrêter. Je m’efforce de ne penser qu’aux battements de mon cœur et aux portes de la base. Je suis si près du but!

ZombieCosplay

Je capte un nouveau message : un petit groupe de zombies vient de surgir d’un bosquet d’arbres, à dix mètres de moi. Après un rapide regard en leur direction, je fais un détour par la droite et je me concentre de nouveau sur les portes d’Abel. Ce n’est pas vrai, je ne vais pas me faire avoir maintenant! Ce serait trop bête! Encore quelques mètres et mes poursuivants seront à portée de tir du sniper de la base.

J’ose un regard derrière moi. Erreur. Je trébuche sur une branche d’arbre. Une main en putréfaction s’aggrippe à mon épaule alors que je me tente de me relever. Est-ce vraiment la fin?

Bien sûr que non. Je suis à deux rues de chez moi, et la main qui vient de se poser sur mon épaule appartient à un garçon de sept ou huit ans qui vient s’excuser d’avoir laissé sa planche à roulettes sur le trottoir et qui me demande si je me suis blessée. J’enlève mes Emerance_ZombiesRunécouteurs, je le rassure et je me relève, puis je me mets en marche vers mon appartement.

Si le monde n’a pas -encore- été victime d’une invasion de zombies, je préfère prétendre le contraire lorsque je fais mon jogging, avec l’aide de l’application pour téléphone intelligent Zombies, Run! (disponible sur iOS et Android, en anglais seulement).

En effet, Zombies, Run! est un jeu où l’on court pour amasser des ressources et faire avancer l’histoire. Chaque séance de course à pied est une mission, dont on peut ajuster la durée à sa guise. Le personnage principal, Runner 5, court dans les environs de la base d’Abel pour y dénicher des survivants, mais aussi de la nourriture, des armes, des fournitures médicales, des vêtements…

Les éléments narratifs sont introduits sous forme de clips sonores représentant des messages radio ou des conversations en personne. Runner 5 ne parle jamais et n’a pas de personnalité définie. Ainsi, n’importe qui peut projeter ses propres pensées sur le personnage et s’y identifier. Ce procédé est commun dans les jeux vidéos (Link de Legend of Zelda en est un parfait exemple), mais on peut aussi le retrouver sous différentes formes dans d’autres types d’œuvres de fiction. Par exemple, les paroles de Groot, que l’on retrouve dans plusieurs univers de Marvel, sont entendues par la plupart des gens comme « Je suis Groot »… quoi qu’il dise.

Pour en revenir à Zombies, Run!, chaque mission contient sa propre petite histoire, tout en faisant avancer l’histoire principale. Une mission peut consister, par exemple, à se procurer des médicaments dans les décombres d’une clinique médicale, où à appréhender une enfant apparemment seule dehors. À la fin, on rentre à la base 01ZombiesRun03d’Abel, où l’on peut, si l’on souhaite continuer à courir, écouter la radio. On apprend ainsi les meilleurs trucs de survie et les endroits à éviter.

Entre les clips sonores appartenant à l’histoire et ceux indiquant qu’un objet ou un autre a été ramassé, on peut écouter sa propre musique ou ambiance sonore à partir d’une liste de lecture ou d’une autre application.

L’application est très bien faite : elle est facile à comprendre et à utiliser, et elle offre de nombreuses options pour ceux qui veulent s’entraîner pour une période plus ou moins longue, ceux qui préfèrent se fixer une distance à parcourir comme objectif, ou ceux qui veulent augmenter le défi avec des « attaques de zombies », durant lesquelles il faut maintenir une bonne vitesse, sans quoi on perd des ressources ramassées plus tôt dans la mission.

Jusqu’à maintenant, j’aime beaucoup01ZombiesRun01 l’application Zombies, Run! Elle m’aide à trouver la motivation nécessaire pour sortir faire mon jogging. J’apprécie la trame narrative, mais il est encore bien tôt : je n’ai rempli que six missions. J’examinerai donc l’histoire de plus près dans un prochain article. En attendant, n’hésitez pas à laisser vos commentaires. Faites-vous du sport? Où puisez-vous votre motivation? Utilisez-vous une application de mise en forme?

 

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Calendrier littéraire montréalais : avril 2016

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Louise Latraverse et Michel Tremblay, en novembre 2014. _Voir l’article_

Puisque je reprends l’écriture de ce blogue, je reprends la publication mensuelle de ce petit calendrier des événements littéraires pour adultes gratuits ou à contribution volontaire ayant lieu à Montréal. N’oubliez pas de visiter cette page souvent pour vous tenir au courant des événements au fur et à mesure qu’ils sont annoncés.

Samedi 2 avril : Les mots partagés

Lundi 4 avril : Causerie avec Mikella Nicol

Mardi 5 avril : Club de lecture du mardi soir ; La femme qui fuit

Mercredi 6 avril : Découvrez Paris à travers ses polars et ses classiques ; Cercle de lecture : « Serafim et Claire » de Mark Lavorato

Lundi 11 avril : Colloque étudiant: «L’idée du lieu»

Mardi 12 avril : Colloque étudiant: «L’idée du lieu» ; Atelier de création littéraire : La logique interne ; Philippe Claudel, romancier et cinéaste ; Gilbert Turp, écrivain en résidence

Mercredi 13 avril : Écologie de l’attention et études littéraires ; Club de lecture La Découverte

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Nathalie Lord et moi, en mai 2015. _Voir l’article_

Vendredi 15 avril : Club de lecture : «Même les cow-girls ont du vague à l’âme» de Tom Robbins ; Pourquoi écrit-on ? Causerie violoncelle et poésie « La partition intérieure »

Lundi 18 avril : Remise du Prix du Club des Irrésistibles

Mardi 19 avril : Gilbert Turp, écrivain en résidence

Mercredi 20 avril : Errance littéraire en territoires mythiques et féériques ; Rencontre littéraire avec Nane Couzier

Jeudi 21 avril : Isabelle Collombat, U. Laval : La traduction (littéraire) (n’) est (pas qu’) une histoire d’amour

Vendredi 22 avril : Louise Tremblay dʼEssiambre : rencontre dʼauteure

Samedi 23 avril : Initiation au livre numérique ; Nos suggestions de lectures (10h30) ; Nos suggestions de lecture (14h00) ; Atelier de poème haïku ; Littérature de l’Exil, littérature des origines, avec Yara El-Ghadban ; Comprendre le milieu du livre ; Club de lecture : l’oeuvre d’Italo Calvino

Dimanche 24 avril : Pauline et moi, entre deuil et réconciliationInstallationEGousse

Mardi 26 avril : Gilbert Turp, écrivain en résidence

Mercredi 27 avril : English BookClub

Vous voulez me faire part d’un événement littéraire gratuit se déroulant à Montréal mais ne figurant pas sur cette liste? N’hésitez pas à le mentionner dans les commentaires ou à m’écrire à l’adresse suivante : emerance.ga@icloud.com

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Fate/Stay Night : Fate (Realta Nua) partie 6

Ceci est la sixième partie d’un long article relatant mes impressions à la lecture du visual novel japonais Fate/stay night. Si vous n’avez pas déjà lu les cinq premières parties de cet article, je vous invite à le faire : partie 1 partie 2 partie 3 partie 4 partie 5

19Fate5_FuzzyImage

Alors que Lancer s’apprête à achever Shirô, l’image devient floue.

Nous retrouvons Shirô alors qu’il va mourir, pour une seconde fois. Mourir, sans savoir pourquoi. Mourir, sans n’avoir pu rien y faire. Shirô ne peut pas l’accepter. Être tué sans raison?

Je le sais, je le sens : c’est le moment où Saber entre en scène! En effet, l’éclair devient blanc, en une série
de flashs circulaires. Le bruit du vent envahit l’atmosphère. Saber se matérialise, repousse Lancer, puis se tourne vers un Shirô ébahi.

 »…… »
I’m speechless.25Fate5_SaberAndShiro
Not because I’m confused by the sudden turn of events.
I’m at a loss for words because of this girl’s overwhelming beauty.

«……»
Je suis sans voix.
Pas parce que je suis confus par cette soudaine tournure des événements.
Je perds mes mots à cause de l’accablante beauté de cette fille.

Ça y est, ça devait arriver : notre protagoniste a basculé dans la folie. On peut l’excuser : si j’avais été assassinée, ressuscitée, et attaquée de nouveau par mon meurtrier et qu’une jolie jeune femme me sauvais, je tomberais probablement amoureuse d’elle à l’instant même. Aussi, dois-je rappeler que Shirô est un lycéen (majeur)?

La femme en armure se présente comme le Servant Saber, identifie Shirô comme son Master, et lui demande ses ordres. Ne recevant aucune réponse, elle sort dans la cour pour combattre Lancer. Malgré sa douleur, le jeune mage se relève et aperçoit les deux 31Fate5_LancerVSSaberEsprits Héroïques. Leur affrontement n’a rien à voir avec ses propres échanges de coups avec Lancer. Ce ne sont pas un chasseur et une proie, mais deux combattants aguerris, et chaque coup a le potentiel d’être mortel.

Alors que Saber semble prendre le dessus, la lance de son adversaire se met à briller. Shirô sait de quoi il s’agit : une force magique si pure, si concentrée qu’elle est visible à l’œil nu, et même plus que visible, éclatante, aveuglante! À chaque coup de Saber, l’arme de Lancer brille de ce même éclat. Quelle puissance doit-il posséder pour résister à un tel assault! Quand à l’arme que Saber tient, elle demeure invisible. Lancer n’a d’autre choix que de battre en retraite.

Saber s’avance, administrant un nouveau coup, de toute sa force, mais Lancer s’éloigne de nouveau alors que l’arme invisible fend l’air et le sol. Avant que Saber ne puisse se redresser, il se prépare à lui sauter dessus, mais elle prévoit l’attaque et frappe elle aussi. Aucun n’atteint sa cible. Les deux ennemis se regardent en silence.33Fate5_Combat

 »—What is wrong, Lancer?
It would not do your name credit if you just stand there. If you will not come, I can. »

 »…Hah, you’re going to come and die? I don’t mind, but let me ask you this first.
Your Noble Phantasm, is it a sword? »

«—Qu’est-ce qui ne va pas, Lancer?
Cela ne ferait pas honneur à ton nom si tu te contente de rester là, immobile. Si tu ne viens pas, je le ferai.»

«…Ha, tu va venir et mourir? Ça ne me dérange pas, mais laisse-moi d’abord te poser une question.
Ton Noble Phantasm, est-ce une épée?»

34Fate5_InvisibleWeaponJe rappelle qu’en plus de leurs pouvoirs de classe, les Servants disposent chacun d’un Noble Phantasm (ou Artefact) : il s’agit d’un objet ou d’un pouvoir spécial d’une grande puissance. Le Noble Phantasm d’un Servant est directement lié à la légende qui entoure ce dernier, et pour l’activer, le Servant doit utiliser son « vrai nom ». Il paraît donc naturel que Saber refuse de donner plus d’informations à son adversaire. Lancer propose une trève, que Saber refuse sans hésitation.

L’air entourant l’homme à la lance semble se déformer, s’emplir d’énergie magique. Il va frapper près du sol, là où se tient Saber, laquelle saute par-dessus la lance et s’approche pour asséner un coup à Lancer. À cet instant, deux mots chargés de puissance magique se font entendre : « Gae… Bolg!»38Fate5_Readying Lancer propulse son arme vers le cœur de la guerrière. Le choc la projette dans les airs, puis elle s’écrase sur le sol.

Comment est-ce possible? La lance était visiblement dirigée vers le sol, or la trajectoire de l’arme a changé au dernier moment, à un angle impossible, pour atteindre Saber à la poitrine. Non, la lance n’a pas simplement changé de trajectoire. Son résultat était déterminé. Les mots magiques l’ont amenée à percer le cœur de Saber. La trajectoire n’était que la conséquence de se résultat. Causalité inversée. Comment parer une attaque qui, par définition, atteint au cœur? La lance maudite est fatale, un 42Fate5_SaberStillHurtpoint c’est tout. Seulement, Saber respire encore. Elle est blessée, mais elle a réussi à esquiver le coup en partie, exploit plus improbable, plus incroyable que celui de la lance. Comme si elle avait prévu ce qui allait arriver. Chance inouïe, ou protection divine?

Déjà, le sang commence à se dissiper, la blessure à se refermer. Malgré tout ce qu’il a vu depuis sa sortie des classes, Shirô s’en étonne. Saber est blessée, mais il est évident que ses capacités surpassent grandement celles de Lancer. Mais maintenant qu’elle est affaiblie, il a sa chance. S’il frappe à nouveau, elle ne pourra pas se défendre. Seulement, Lancer ne fait pas un geste. Il fixe celle qui a échappé au coup fatal, pourtant inévitable. Elle a échappé à Gae Bolg!

Gae Bolg… Maintenant, Saber sait à qui elle a affaire. En effet, cette arme appartient à Cúchulainn, un héros de la mythologie celtique. Enfin! qu’importe, puisqu’elle va mourir? À son grand étonnement, Lancer annonce que son maître, qu’il qualifie de «coward» (lâche), lui demande de rentrer. Puis il disparaît dans la nuit.

43Fate5_Ireland

Examinons ce qui fait l’impact de cette scène : un constraste entre des moments d’attente et des moments d’actions, une escalade dans l’action, et une mystérieuse réaction de la part du Master de Lancer.

Je ne m’attarderai pas sur la succession de moments d’attente et d’action puisque j’en ai déjà parlé dans mon article précédent. La même technique est utilisée ici pour ajouter une tension dramatique à la scène.

L’idée d’un combat entre deux Esprits Héroïques, deux36Fate5_ConceilingInformation légendes, rappelés dans le monde des vivants pour la guerre du Graal, est épique en soit. Le combat paraît d’autant plus épique qu’il y a un effet de gradation. Dans la scène précédente, Lancer s’en prenait à Shirô. Du début à la fin, l’Esprit Héroïque avait le dessus. Ses premières attaques étaient plutôt faibles, comme s’il n’y mettait aucun réel effort. Puis, voyant que Shirô se défendait, Lancer a pris plus d’intérêt au combat. Toutefois, il ne frappait pas de toute sa force, n’usait pas de toute sa ruse : il s’amusait, curieux de voir de quoi le jeune mage était capable. Il ne craignait pas que l’issue du combat lui soit défavorable car la mort de Shirô semblait inévitable.

La première scène du film Pulp Fiction montre deux criminels peu expérimentés, ce qui permet un effet de contraste avec la scène suivante, laquelle suit deux gangsters d'expérience.

La première scène du film Pulp Fiction montre deux criminels peu expérimentés, ce qui permet un effet de contraste avec la scène suivante, laquelle suit deux gangsters d’expérience.

Lorsque Saber entre en scène, la situation change du tout au tout. Le contraste entre Shirô et elle fait ressortir ses talents de combattante. Lorsque Lancer et Saber s’affrontent, ils sont d’abord sur la défensive, chacun tentant d’évaluer la technique de l’autre et de comprendre sa stratégie et son style de combat. Après plusieurs échanges de coups, Lancer décide d’utiliser son coup ultime, celui qui (normalement) tue à chaque coup. C’est le point culminant du combat, ou plutôt, ça devrait l’être, mais contre toute attente, Saber survit.

Chose plus étonnante encore que la résilience de Saber est la décision du Master de Lancer. Pourquoi n’ordonne-t-il pas la mise à mort de Saber alors que celle-ci est affaiblie? Soupçonne-t-il un danger caché? Espère-t-il 12Fate5_EmptyHandedpouvoir simplement laisser ses adversaires s’entretuer? Compte-t-il proposer plus tard une alliance à Shirô? Sans plus d’informations, toutes les théories sont bonnes.

Parlant d’informations, nous savons maintenant que Lancer est Cúchulainn. C’est quand même une information pertinente. Je me demande s’il est obligé d’accepter toute invitation à goûter de la nourriture et si consommer de la viande de chien l’affaiblit? Enfin! je vous laisse sur ces quelques liens qui vous permettront d’en apprendre plus sur lui et sur la mythologie irlandaise :

9 avril 2016 : Vous pouvez maintenant lire la suite de cet article.

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